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La grâce des brigands - Véronique Ovaldé

29 Octobre 2013 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

La grâce des brigands - Véronique Ovaldé

"... Maria Cristina est si jeune, les couleurs et les clans sont encore si contrastés pour elle, il n'existe pas encore dans son appréhension du monde une grande place pour le gris et les couleurs de l'entre-deux, il y a le noir et le blanc et la délimitation est claire, ou du moins lui parait claire, il n'y a pas de demi teinte dans sa palette, elle ne connaît rien aux subtils anthracites ou aux gris perle."

Ainsi apparaît Maria Cristina Vaätonen lorsqu'elle s'installe à Los Angeles. Agée d'à peine seize ans, elle a décidé de fuir sa famille et son village perdu dans le grand nord. Disons que c'est une question de survie pour tenter d'échapper à une sorte d'enfermement qui pourrait bien la mener à la folie entre une mère illuminée, une soeur brutale et quelque peu attardée et un père dépressif qui s'isole dans le silence. Maria Cristina a d'abord trouvé refuge dans les études et les livres, et c'est l'écriture qui lui permettra de poursuivre sa route. Quelques années après son arrivée à Los Angeles, Maria Cristina est un écrivain reconnu, auteur de trois romans appréciés, dont le premier, autobiographique l'a révélée autant aux autres qu'à elle-même. C'est alors qu'un coup de téléphone de sa mère qu'elle n'a pas revue ou entendue depuis plus de dix ans la ramène à ses liens familiaux et la met face à sa culpabilité...

L'histoire de Maria Cristina est celle de l'héroïque émancipation d'une jeune femme bien décidée à vivre sa vie et, pourquoi pas à la réussir, malgré les casseroles affectives qu'elle traîne depuis son enfance. Sur sa route, à ses côtés, des personnages hauts en couleurs, savoureux comme sait si bien les dessiner Véronique Ovaldé. Il y a Joan, californienne type, qui l'accueille et lui fait découvrir ce que peut être un embryon de vie de famille. Il y a Rafael Claramunt, l'écrivain célèbre, le mentor quelque peu pervers, qui la révèle en tant que femme et auteur tout en profitant de sa naïveté. Il y a Garland, chauffeur et homme à tout faire de Claramunt, taciturne au passé tourmenté, dont le destin est programmé pour croiser celui de Maria Cristina. Il y a Jean-Luc, le chat. Ou plutôt la chatte, baptisée avant que son maître n'ait eu connaissance de son sexe, en hommage à Jean-Luc Godard... Des "loosers" magnifiques.

Au final, un émouvant récit que celui de cette courte vie, cette irrésistible marche vers le bonheur, servi par une écriture très imagée. Dans la même veine que "Ce que je sais de Vera Candida", sublime roman que j'avais adoré, cette "grâce des brigands" dessine un univers particulier, teinté de poésie et d'humour malgré la fréquente noirceur du propos. Et une nouvelle fois, un très joli destin de femme.

"La grâce des brigands" - Véronique Ovaldé - Editions de l'Olivier - 284 pages.

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