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Après l'orage - Selva Almada

20 Mars 2014 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Après l'orage - Selva Almada

Il souffle comme une ambiance de « Bagdad Café » autour de ce garage planté au milieu de nulle part, où vont se croiser des individus qui ont bien plus en commun que ne le laisse supposer leur premier abord. "Après l'orage" est le premier roman d'une jeune auteure argentine dont on parle beaucoup grâce au coup de projecteur offert à la littérature argentine à l'occasion du Salon du Livre qui ouvre ses portes demain au grand public.

Une chose est sûre, l’auteur sait parfaitement faire surgir les images et transporter le lecteur dans son décor où se joue un drôle de huis clos. Cette chaleur qui fait coller les vêtements aux corps, ces carcasses de voitures, amas de ferrailles brûlants sous le feu du soleil, les chiens qui tournent en rond... On les voit, on les sent, c'est immédiat. D’emblée, les personnages accrochent, on a envie de savoir ce qu’il adviendra de ces deux couples bancals, le pasteur (une sorte de prédicateur) et sa fille bloqués ici pour cause de panne de voiture, le garagiste et son employé (qui se trouve être un peu plus que ça). Alors qu’on en apprend progressivement un peu plus sur chacun d’entre eux, leurs failles, leurs traumatismes, les questions en suspens, le temps resserré de l’intrigue compose une dramaturgie lente qui tient en haleine. Plus on progresse, plus on se dit que cette rencontre n’est peut-être pas le simple fruit du hasard, que l’on croie, comme le pasteur à la toute puissance du divin ou, comme le garagiste, à la supériorité de la nature sur toutes les autres croyances. Ce lieu incongru agit comme un nœud, un carrefour qui offre aux protagonistes des choix d’itinéraires, des options d’inflexion de trajectoires. Et l’orage, comme une promesse de renouveau.

"Il n'alla pas dehors pour les voir partir. Il était seul désormais pour travailler, se soûler et donner à manger aux chiens et mourir. Le programme était chargé. Il avait besoin de dormir un peu avant de démarrer."

Belle maîtrise quand on sait qu’il s’agit d’un premier roman. Il y a quelque chose de Jean Echenoz dans cette écriture précise, serrée et déliée à la fois, où affleure la poésie au détour de quelques descriptions de toute beauté (bravo à la traduction).

Une très jolie découverte qui donne envie d’attendre la suite de la production de cette écrivaine apparemment douée.

"Après l'orage" - Selva Almada - Editions Métailié - 137 pages

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