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Nouvelles du New Yorker - Ann Beattie

25 Mai 2014 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Nouvelles

Nouvelles du New Yorker - Ann Beattie

Ann Beattie est l'une des nouvellistes les plus connues aux États Unis, contributrice régulière du New Yorker d'où sont issus les seize textes rassemblés dans ce recueil. Des tranches de vie capturées au cours de quatre décennies et livrées par ordre chronologique ce qui permet au lecteur, mine de rien, une progression spatio-temporelle logique.

C'est d'ailleurs l'un des talents de l'auteur, cette faculté à ancrer ses histoires dans leurs époques, par de petits détails, une mode vestimentaire, des chansons, des investissements fructueux dans une petite société en devenir nommée Microsoft. Un cadrage qui contribue à capter très vite le lecteur, autant que la proximité avec les personnages campés en deux coups de crayon, comme le ferait un caricaturiste en trouvant immédiatement les quelques traits qui font la spécificité de chacun.

J'ai beaucoup aimé la finesse et la légèreté avec lesquelles Ann Beattie regarde, dissèque les comportements de ses personnages, sans jamais les juger et en gardant toujours une forte dose de bienveillance et de sympathie à leur égard, même lorsqu'il est question de pointer leurs petits travers. Car forcément, il s'agit de mettre le doigt là où ça fait mal. Les renoncements, les mensonges que l'on se fait à soi-même, la complexité des relations de couple, de famille, d'amitié... Pas de gros sabots chez Ann Beattie. Tout est suggéré ou simplement révélé au détour d'une phrase, alors que le lecteur ne s'y attend pas forcément. Des impressions, des ressentis. Tout sonne très juste, provoque l'empathie. Car il y a matière pour chacun à s'identifier aux situations décrites.

"Après son départ elle s'en souviendrait comme l'une des petites piques qu'il lui avait lancées - l'une des phrases peu amènes qu'il avait prononcées. Ce soir-là, pourtant, impressionnée par la beauté de la ville, elle ne releva pas ; plus tard, elle devrait se forcer à réinterpréter dans le mauvais sens beaucoup des choses qu'il avait dites. Cela lui permettrait de supporter son absence plus facilement" ("Musique lointaine")

De New York à Los Angeles, en passant par le Vermont ou Saratoga, des femmes oscillent entre leur rôle d'épouse et de filles, certaines oublient leur fiancé dans le train, des hommes s'interrogent sur l'amour ou la difficulté d'aimer. Certains partent, d'autres restent. Ann Beattie montre à quel point la relation à l'autre est difficile, surtout lorsque l'on s'acharne à s'y prendre aussi mal.

"L'espace d'une seconde, il eut envie de se transformer en personnages de l'un des romans que Jo avait lus tout l'été. Cela mettrait fin à l'incertitude. Henry Fielding se glisserait dans le récit pour prédire l'avenir. L'auteur lui dirait ce qui se passerait, ce qu'il éprouverait s'il essayait une fois encore d'aimer quelqu'un". ("Les estivants")

Voilà un auteur qui mérite d'être largement découverte en France et ses nouvelles d'être dégustées et appréciées à leur juste mesure.

"Nouvelles du New Yorker" - Ann Beattie - Points - 379 pages

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