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Une fille, qui danse - Julian Barnes

27 Juillet 2014 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Une fille, qui danse - Julian Barnes

Au fil des livres, cela ne se dément pas : Julian Barnes connaît parfaitement l'âme humaine, surtout ses faiblesses. Jusqu'à présent, son humour prenait le dessus et lui permettait de traiter les petites bassesses de ses semblables par la dérision et le juste recul. Ici, on le sent plus inquiet et cela influence sa plume, moins piquante que d'habitude. Il est question de mémoire ou plutôt de la façon dont chacun s'arrange avec la sienne et s'ingénie à réécrire l'histoire dans le sens qui lui permet d'avancer.

Le narrateur, Tony Webster se souvient très bien de ses années de lycée et d'université avec ses amis, Colin et Alex, perdus de vue depuis longtemps. Tout comme Adrian, le quatrième mousquetaire, le bel Adrian, intelligent et doué, celui dont tout le monde recherchait la compagnie et l'approbation. Tony se souvient très bien de sa relation avec la belle mais distante Veronica à l'université, leur séparation après une petite année et la nouvelle qu'elle était désormais avec Adrian. Il avait enfoui tout ceci au fond de sa mémoire, tout comme le suicide d'Adrian quelques mois seulement après qu'il lui eut envoyé une lettre dans laquelle il disait ce qu'il pensait de la relation de ses deux amis. Quarante ans plus tard, un événement l'oblige à se souvenir et à revivre toutes ces années. L'amitié, le couple, les compromis. Il s'apercevra que l'histoire est bien différente de celle qu'il s'est raconté à lui-même, sa version officielle en quelque sorte et, face à une terrible révélation, il devra se confronter à la question de la responsabilité.

Comme toujours avec Julian Barnes, le propos est dense, vaste matière à réflexion autour des étapes et des événements à partir desquels on bâtit sa vie, jour après jour. Jusqu'au moment où l'on se retourne pour contempler le chemin parcouru et où des fondations bancales menacent de faire écrouler tout l'édifice. L'auteur est apparemment arrivé à cette étape de sa vie sinon, comment expliquer un tel accent de sincérité ?

"On approche de la fin de la vie - non, pas de la vie elle-même, mais d'autre chose : la fin de la probabilité de changement dans cette vie. On a droit à un long moment de réflexion, assez long pour se poser la question : quelle autre erreur ai-je pu commettre ?"

"Une fille, qui danse" - Julian Barnes - Folio - 212 pages

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