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Le liseur du 6h27 - Jean-Paul Didierlaurent

15 Septembre 2014 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Le liseur du 6h27 - Jean-Paul Didierlaurent

"N'oublie jamais ça, petit : on est à l'édition ce que le trou du cul est à la digestion, rien d'autre !". Allez donc apprécier votre métier après une telle description... Guylain Vignolles le déteste ce métier. Pourtant, chaque jour il se rend à l'usine et exécute une à une les manœuvres de mise en route de la Zerstor 500, une monstrueuse machine, une broyeuse assassine, qui transforme en pâte à papier les tonnes de livres invendus qui finissent ainsi leur vie, dans le ventre de la bête. Ce que l'on appelle communément "le pilon".

Gros buzz du printemps, cet ouvrage réjouissant passe avec succès le test de la rentrée, presque un dernier rayon de soleil au milieu de toutes les nouveautés en lice pour les prix d'automne. Il mérite bien son succès, porté par un excellent bouche à oreilles tant de la part des libraires que des lecteurs conquis. Une histoire parfaitement tricotée, de vraies trouvailles et surtout, des personnages truculents, des poètes dans leur genre, qui donnent au récit un supplément d'âme et installent un franc sourire sur les lèvres du lecteur.

Guylain Vignolles est donc un trentenaire à la vie austère, traumatisé par la contre-pétrie liée à son nom (on imagine les années difficiles en classe), qui parle à son poisson rouge et préfère mentir à sa mère plutôt que lui révéler son métier et le vide de son existence. Pourtant, cet homme est un résistant dans son genre. Chaque soir, lorsqu'il effectue les opérations de nettoyage dans le ventre de la bête, il récupère en cachette des feuilles collées aux parois et miraculeusement intactes. Chaque matin, dans le RER de 6h27 qui l'emmène sur son lieu de travail, il lit à voix haute les feuillets récupérés au seul profit de ses congénères prisonniers du même wagon et ravis de l'aubaine. Guylain est un amoureux des mots, sensible au plaisir de lire, rien de plus. Rien d'étonnant à ce qu'il soit proche du gardien de l'usine, un toqué de poésie, entièrement voué au culte de l'alexandrin au point d'en composer des listes pour chaque occasion générée dans sa vie professionnelle (la tête des chauffeurs qui viennent décharger leurs camions devant cet accueil... c'est vraiment drôle). Un matin dans le RER, Guylain trouve, coincée dans son strapontin habituel une clé USB dont il décide d'explorer le contenu le soir même dans le but de retrouver son propriétaire et de la lui rapporter. La clé contient des textes, une sorte de journal de bord tenu par une jeune femme qui semble exercer le métier de "dame pipi " dans un centre commercial. Subjugué par sa prose, Guylain veut tout mettre en œuvre pour retrouver l'auteur de ces textes qui ont désormais remplacé les survivants du pilon pour sa lecture de 6h27...

En effet, les textes de la fameuse Julie valent le déplacement, elle qui observe avec une pertinence mêlée d'ironie un échantillon assez représentatif de la population ; finalement, ces deux là évoluent dans un univers pas si éloigné, celui des déchets et des excréments, lui dans les entrailles de la bête, elle dans les entrailles de la terre (pour ne dire que cela...). Voilà qui ne peut que les rapprocher...

Un petit ouvrage jubilatoire dont la principale qualité est de vous mettre immédiatement de bonne humeur sans jamais négliger ni le fond, ni la forme. Franchement, qui n'aime pas les contes de fées ?

"Le liseur du 6h27" - Jean-Paul Didierlaurent - Au diable vauvert - 218 pages

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claire jeanne 15/09/2014 19:07

Ah, désolée mais pour une fois, pas du tout d'accord ! Pas aimé du tout ! Il m'a semblé qu'avoir une idée et ne pas écrire trop mal n'était pas suffisant pour faire un bon bouquin ...

Nicole G 15/09/2014 19:37

Ah ben ça arrive... ;-)
J'avoue que je l'ai pris avec des pincettes parce que je me méfie un peu de ce genre de phénomènes, souvent "surfaits". Mais j'ai été agréablement surprise, notamment de l'agrégation de nombreux sujets forts sous couvert d'une plume légère (solitude et anonymat dans la société moderne, hommage à la littérature, rôle social de chacun, etc). Pas grave, je suis sûre que nous ne manquerons pas de coups de cœur communs dans les semaines à venir...