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Je m'en vais - Jean Echenoz

30 Mai 2015 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Je m'en vais - Jean Echenoz

Cette écriture... Un pur plaisir ! Et dire que je n'ai découvert Jean Echenoz que tardivement, d'abord avec "14" (dans mon top 10 personnel) puis "Ravel" et "Caprice de la reine". A chaque fois, c'est un régal. A chaque fois je me dis que ces quelques ouvrages feraient une compagnie idéale sur une île déserte tant l'écriture est capable d'éveiller la curiosité du lecteur et de lui titiller tous les sens.

"Je m'en vais" a obtenu le Prix Goncourt en 1999 et il me semble qu'il contient tous les ingrédients que l'on aimerait trouver plus souvent dans les ouvrages primés. Un jeu de narration unique avec des changements fréquents de perspective induits par l'utilisation des pronoms, une musicalité subtile qui donne envie de savourer les phrases à haute voix. L'auteur crée ainsi une intelligente connivence avec son lecteur, qui ne demande alors qu'à le suivre au bout du monde.

"Je m'en vais" ce sont les premiers et les derniers mots du livre, prononcés par Félix Ferrer. Un année s'écoule entre les deux phrases. Une année pendant laquelle notre héros, propriétaire d'une galerie d'art quitte sa femme, malmène ses artères et son cœur (au sens propre comme au figuré), voyage dans le Grand Nord sur les traces d'une cargaison d’œuvres d'art échouée dans la banquise et fait toutes sortes de rencontres. Des femmes, des escrocs, des médecins, des policiers. Une année pleine au cours de laquelle Félix Ferrer traîne sa carcasse et son air désabusé, comme revenu de tout. Un héros qui s'en va, sans bien savoir où, ni pourquoi. Et qui finit par "boucler sa boucle", pas plus avancé que lors de son départ.

Jubilatoire ! Et pourtant, à ce moment, Jean Echenoz n'avait pas encore atteint la plénitude dans son écriture, un exemple inégalé de concision et de précision qui lui a permis de produire "14" et qui, je l'espère, nous offrira encore longtemps de quoi nous régaler.

En attendant, je vais continuer à explorer son œuvre dont il me reste heureusement quelques pépites à découvrir.

"Je m'en vais" - Jean Echenoz - Editions de Minuit (poche) - 226 pages (une édition complétée par un entretien passionnant avec l'auteur, intitulé "Dans l'atelier de l'écrivain" et qui permet d'entrer dans l'intimité du processus de création).

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