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Un roman anglais - Stéphanie Hochet

1 Juin 2015 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Un roman anglais - Stéphanie Hochet

Formidable roman dont on admire à la fois la finesse du trait et la violence sous-jacente pour capter l'essence d'une époque et d'un milieu bourgeois aux sentiments corsetés. Le personnage d'Anna Whig permet d'apprécier toute l'ambiguïté de la condition féminine en ce début de XXème siècle alors que l'existence des femmes est réduite à leur rôle d'épouse et de mère mais que la Première Guerre mondiale fait bouger les lignes et que des voix s'élèvent pour réclamer leur droit de vote, symbole d'émancipation.

L'histoire débute en 1917. Retirée dans sa maison du Sussex en attendant que la situation s'améliore à Londres, Anna Whig souhaite reprendre son travail de traductrice et obtient l'autorisation de son mari, Edward d'engager une garde d'enfant pour le jeune Jack âgé de deux ans. Anna est une bourgeoise lettrée, habituée des salons littéraires mais dont la curiosité a été bridée depuis son enfance par sa simple condition de femme, là où son frère, Valentin avait accès à toutes les filières d'instruction qu'elle aurait bien voulu emprunter. Anna semble s'être fait une raison, être "rentrée dans le rang", elle est une épouse accomplie et désormais une mère. Pourtant, ce travail de traductrice est un premier indice du besoin d'Anna d'échapper à un univers trop confiné, voire étouffant.

Après avoir passé une petite annonce, Anna engage George, charmée par ce prénom qu'elle associe à l'écrivaine George Eliot. Surprise, ce n'est pas une femme mais un jeune homme qui descend du train sous les yeux ébahis d'Anna. La présence de George, son influence auprès de Jack, le sentiment de sécurité qu'il inspire à Anna et, au contraire de jalousie qu'il provoque chez Edward, tout ceci va servir de révélateur et sortir Anna de la torpeur qui avait peu à peu englouti sa vie.

La prise de conscience progressive d'Anna de tout ce à quoi elle a dû renoncer, de la façon dont sa personnalité a été peu à peu étouffée est admirablement bien rendue. La remise en question d'Anna passe par tous ses sens et le lecteur a l'impression d'être dans sa tête, de voir à travers ses yeux, de respirer ce qu'elle respire. Analyse sans fard des rapports sociaux et des liens conjugaux, interrogations crues sur la maternité et la paternité, l'auteure parvient à faire passer cette sensation d'étouffement qui ne quitte plus Anna dont la curiosité intellectuelle aspire à une autre vie. L'esprit d'Anna est une cocotte-minute, prête à exploser à tout moment.

Je me suis régalée et j'ai particulièrement apprécié le crescendo concocté par l'auteure et le fait qu'elle ne brime pas ce sentiment de violence qui monte chez l'héroïne et qui doit forcément trouver à s'exprimer. Stéphanie Hochet revendique l'influence de Virginia Woolf, ce n'est pas pour rien.

"Un roman anglais" - Stéphanie Hochet - Rivages - 170 pages

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clara 02/06/2015 16:23

comme toi je me suis régalée !

Nicole G 03/06/2015 16:13

Oui, j'avais vu ton billet ainsi qu'un avis enthousiaste de "babeliote" le jour même où mon regard avait été attiré par ce livre sur une table de librairie... Heureuse coïncidence !