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Rencontre avec Emily St-John Mandel

14 Septembre 2016 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Rencontres-Salons

Rencontre avec Emily St-John Mandel

Dans les locaux des Éditions Rivages, petite salle chaleureuse, cocktail de bienvenue, joli canapé rouge et traductrice pour mettre l'auteure à l'aise et une brochette de lecteurs aux yeux qui brillent à l'idée d'en savoir plus sur le livre qui les a tous scotchés : Station Eleven. L'un des trois livres que j'ai le plus appréciés en cette rentrée avec L'insouciance (Karine Tuil) et Au commencement du septième jour (Luc Lang). Autant vous dire que j'attendais cette soirée avec impatience !

L'entrée en matière choisie très justement par Pierre Krause (intervieweur de choc de l'équipe de Babelio) consiste à évacuer tout de suite la question du genre. Jusque-là, Emily Mandel était cataloguée auteur de romans noirs, la voici désormais affublée de l'étiquette auteur de science-fiction. Ce qui est terriblement réducteur. Elle-même revendique qu'un livre soit multiple. Elle recherche avant tout une histoire, une force narrative, la forme vient au second plan pour servir ce projet global. Certes, le contexte est post-apocalyptique mais le sujet n'est pas l'apocalypse. C'est l'humanité, les arts, la civilisation. Les références littéraires, artistiques (de tous bords) irriguent son livre et viennent renforcer son propos. Elle explique avoir lu de la science-fiction à l'adolescence mais avoir plutôt évité le genre au moment de rédiger Station Eleven pour ne pas être influencée et parvenir à créer son propre univers (que tout le monde dans la salle juge hyper crédible). Et coller à son idée d'écrire sur ce qui peut survivre au chaos et et non sur le chaos lui-même comme tant d'autres l'on fait (elle cite notamment La route de Cormac McCarthy).

Deuxième sujet de forte curiosité de la part des lecteurs : le comment. Tout le monde s'accorde à dire que la construction de ce livre est époustouflante, l'auteure ne perd jamais de vue son fil narratif malgré différents niveaux et des allers-retours incessants entre présent et passé. Emily Mandel sourit de bon cœur. Je suis certaine que cette question, elle ne cesse d'y répondre, elle a dû encore le faire lors des trois jours du Festival America dont elle était l'un des invités. Elle n'hésite pas à raconter qu'elle n'écrit absolument pas de façon linéaire et que son premier jet était une sorte de bouillie incohérente (bon, on demande à voir quand même). La version finale résulte de multiples révisions, sans cesse revues jusqu'à ce que le puzzle apparaisse enfin de façon évidente, fluide et parfaitement compréhensible. Mais elle a trouvé ainsi le moyen de développer des personnages à différentes périodes de leur vie, et certains ont même pris de l'importance au fil de l'écriture. Enfin, un certain nombre de points d'ancrage ont permis de soutenir l'ensemble : la galaxie de personnages qui gravitent tous autour d'Arthur Leander, la bande-dessinée Station Eleven qui traverse les époques et crée un lien entre les deux mondes.

Et l'idée de départ ? Une troupe d'artistes itinérants qui irait de place en place pour jouer Shakespeare et Beethoven... Puis sa réflexion l'a amenée à se demander comment cette troupe vivrait sans les moyens modernes que nous connaissons, toute la technologie qui facilite nos déplacements et nos modes de communication sans même que nous y pensions. Il fallait que la civilisation disparaisse... elle a choisi une grippe très virulente, sans même chercher la vraisemblance à tout prix (certains experts disent que c'est possible, d'autres non, peu importe).

On apprendra encore que Le Roi Lear est sa pièce préférée, que Miranda est son personnage "sœur", celui qui cristallise le plus d'éléments autobiographiques (la réflexion sur la vie privée, l'idée de pratiquer son art à la marge de sa vie professionnelle...) et le personnage préféré des lecteurs tandis que le Prophète est le plus détesté (mais également le plus réaliste) ...

Et puis c'est déjà fini. Plus d'une heure de discussion à bâtons rompus (joli numéro d'équilibriste de la traductrice !), quelques dédicaces, à peine le temps d'avaler un petit four et la jeune canadienne s'échappe dans un dernier sourire. Son prochain roman est en cours d'écriture mais elle n'en dira rien avant de l'avoir terminé. Quant à Station Eleven, les droits pour le cinéma ont été vendus mais rien ne dit qu'ils seront transformés. Ceci dit, le roman suscite tant d'images à l'esprit du lecteur que chacun peut se faire son propre cinéma.

Je me répète mais tant pis : lisez-le !

Et un grand merci à Babelio à l'origine de ce projet et aux Editions Rivages pour leur accueil sympathique et gourmand qui donne envie de revenir.

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Eva 22/10/2016 00:36

effectivement, joli compte rendu !
et oui, très bien dit et c'est un point important : ce n'est pas un livre sur l'apocalypse, mais bien sur ce qui subsiste

Nicole Grundlinger 22/10/2016 16:33

Le risque effectivement est de s'arrêter à un genre annoncé, le roman post-apocalyptique et de passer à côté. Ce serait vraiment dommage et je suis ravie de voir que tous ceux et celles qui le découvrent malgré le genre sont aussi enthousiastes que nous....

clara 15/09/2016 18:23

Lecture en cours ( je n'en dis pas plus).

Nicole Grundlinger 15/09/2016 19:08

Ah Ah... on en reparle bientôt alors ! ;-)

Delphine-Olympe 15/09/2016 06:46

Mais, tu as un écrit un billet sur ce roman ? Ca ne me dit rien (ceci étant dit, en ce moment, je ne suis pas très assidue sur mes blogs préférés, dont le tien fait évidemment partie)...

Nicole Grundlinger 15/09/2016 16:11

Euh oui, lors de sa sortie, il est même en lien depuis cette chronique Delphine... Fatiguée ? ;-)

Noukette 14/09/2016 22:37

Oh que oui je vais le lire !!

Nicole Grundlinger 15/09/2016 16:11

On en reparlera alors... Bonne lecture !