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Continuer - Laurent Mauvignier

24 Octobre 2016 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Cela fait à présent une bonne dizaine de jours que j'ai terminé ce livre, mon premier Mauvignier et je ne cesse d'osciller entre bon et moins bon ressenti en essayant de mettre le doigt sur ce qui m'a gênée et me laisse finalement un sentiment mitigé. Le même qui a accompagné ma lecture pendant laquelle j'ai eu l'impression de toucher à du très bon avant qu'un peu plus loin, un élément ne vienne gâcher l'ensemble, et que ce processus se répète jusqu'à la fin.

Je pense que cela vient d'un trop plein, tout simplement. Parfois, à vouloir dire trop de choses, le message se brouille. C'est dommage parce que j'ai vraiment totalement adhéré au fil rouge de ce livre, cette relation entre une mère dépressive qui a presque renoncé à vivre et un fils adolescent qui ne sait pas quoi faire de sa vie. Ce sursaut qui la pousse soudain, face à un dérapage plus grave que les autres à prendre les choses en mains, pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être. Je trouve que le personnage de Sybille est extrêmement vrai et touchant dans son renoncement, sa conviction d'être nulle et ne rien mériter de bien. Lorsqu'elle décide de soustraire Samuel à son environnement, de le faire renouer avec une passion ancienne, celle des chevaux, et peut-être sous l'influence de ses propres racines russes, elle choisit de l'emmener au Kirghisistan pour une randonnée à cheval de quelques semaines. Là-bas, ils seront seuls dans la nature, dans un pays inconnu avec eux-mêmes pour seule compagnie. Malgré les réticences de l'ex-mari toujours prompt à la rabaisser, Sybille tient bon. Le fils et la mère se voient donc forcés de cohabiter, de s'entraider et peut-être, finalement de se faire confiance.

Il y a des pages magnifiques sur le voyage, sur les paysages traversés (alors que Laurent Mauvignier n'a jamais mis les pieds dans les décors qu'il décrit) et surtout sur la relation qui se transforme peu à peu entre la mère et le fils, par soubresauts, par épisodes d'avant - arrière gommant pas à pas la distance qui les sépare, faite d'incompréhension. Au fil du voyage, les éléments révélant le passé de Sybille et surtout la cassure profonde qui a bouleversé sa vie apportent un éclairage qui permet de mieux comprendre comment elle en est arrivée là. C'est à ce moment également que le titre prend tout son sens. Continuer. C'est ce que l'on dit après un drame. Il faut continuer, debout, à avancer malgré la douleur. Pas si facile.

Jusque-là, c'est très convaincant. Moins lorsque l'auteur introduit les problèmes de terrorisme, de racisme et d'intolérance, de façon un peu trop abrupte à mon goût, comme un cheveu sur la soupe. On n'en avait pas vraiment besoin, la suggestion suffisait. Si Sybille choisit de casser la forme de repli sur eux-mêmes que sa famille a adopté depuis toutes ces années, si elle choisit d'ouvrir Samuel à un monde différent et inconnu, le message est assez clair.

Je n'en retiendrai donc que le meilleur, l'auscultation de ce qui sépare et de ce qui rassemble ces deux êtres égarés, le chemin difficile qu'ils font l'un vers l'autre, les épreuves nécessaires pour grandir et se confronter au monde. Le reste est accessoire.

"Continuer" - Laurent Mauvignier - Les Editions de Minuit - 240 pages

Un livre qui a laissé Delphine sceptique mais qui a enthousiasmé Clara.

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Delphine-Olympe 25/10/2016 15:50

Et oui, malgré la belle écriture, le goût amer du "cheveu sur la soupe" l'a malheureusement emporté. Comme tu le dis, à trop vouloir en dire, on finit par brouiller le message... Dommage.

Nicole Grundlinger 25/10/2016 16:04

Dommage oui. Je vais lui donner une autre chance quand même je pense ;-)

Hélène 25/10/2016 08:57

J'ai aussi été gênée par de nombreux points, notamment par le fait qu'il utilise une histoire vraie et que le père et le fils ont d'ailleurs sorti un témoignage sur leur expérience il y a seulement quelques mois, éclipsé par le roman de Mauvignier.

Nicole Grundlinger 25/10/2016 16:04

Ah je ne connaissais pas ce fait ; je crois qu'il a évoqué dans une interview le fait qu'il s'était inspiré d'un fait divers mais sans plus. Je ne savais pas que les protagonistes avaient eux-mêmes écrit un livre...

krol 24/10/2016 21:34

Passionnante cette critique et constructive ! Merci !

Nicole Grundlinger 25/10/2016 16:02

Ah merci ! J'ai essayé de comprendre au mieux les origines de mon ressenti. Pas toujours simple.

Carole 24/10/2016 20:59

Critique très intéressante :-). J'avais beaucoup aimé Ce que j'appelle oubli et Retour à Berratham (à l'origine d'une belle chorégraphie d'Angelin Prellocaj). ses livres sont généralement très réalistes. Malgré tes réserves, tu me donnes envie de le lire!

Nicole Grundlinger 25/10/2016 16:00

Merci, malgré mes réserves il y a de beaux moments et je ne regrette pas. Je compte bien lui donner une seconde chance et autour de moi on me conseille justement souvent Ce que j'appelle l'oubli ainsi que Autour du monde. A suivre donc...

Noukette 24/10/2016 17:52

Ce sera aussi mon premier roman de l'auteur... Affaire à suivre...

Nicole Grundlinger 24/10/2016 19:08

Décidément, encore des "premières fois" communes :-) ... J'attends ton avis avec intérêt !

Eva 24/10/2016 13:46

c'est un livre qui me fait vraiment envie depuis que j'ai entendu l'auteur au Forum Fnac Livres, après ceux de Delphine je note également tes bémols, j'ai hâte de m'en faire ma propre opinion!

Nicole Grundlinger 24/10/2016 14:21

Malgré les bémols, comme tu as vu, il y a de superbes pages et une écriture grisante donc, ce n'est ni du temps ni de l'argent perdu. J'essayerai autre chose de lui car ce n'était peut-être pas le livre idéal pour faire connaissance... Et j'attends ton avis avec intérêt !