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La part des flammes - Gaëlle Nohant

14 Décembre 2016 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

J'arrive un peu après la bataille, ce roman a reçu déjà tant de compliments et suscité tant de chroniques élogieuses... sans oublier la cerise sur le gâteau, le Prix des Lecteurs du Livre de Poche, décerné en septembre dernier. Le risque après tout ça, c'est la déception. L'effet inverse, celui que j'ai ressenti, c'est la double ration de plaisir en découvrant au fil des pages que c'est encore mieux que ce que l'on pensait. J'ai vibré, je n'ai pas quitté les personnages même lors de mes quelques pauses, j'ai apprécié d'améliorer ma connaissance de ce fait divers dont je n'avais jamais entendu parler jusque-là, je me suis laissée emporter par une trame romanesque vraiment enthousiasmante.

D'abord le contexte. Cet incendie dramatique du Bazar de la Charité, en 1897, un vaste hangar réunissant des dizaines de stands de ventes de charité, où l'on se bouscule pour être vu. Un événement mondain soudain transformé en horreur, un feu qui se propage à la vitesse de l'éclair faute de normes de sécurité suffisantes, des robes qui s'embrasent, des corps calcinés, des foules apeurées et hystériques qui n'hésitent pas à piétiner ceux qui sont à terre pour tenter d'échapper au brasier. Scènes de panique, scènes d'horreur. Voilà un épisode incroyablement bien rendu, et un fait divers auquel on rend tout ce qu'il a eu de tragique en nombre de pertes humaines et de blessures irréversibles.

Mais encore fallait-il réussir à créer une trame romanesque qui dépasse ce simple fait divers. Gaëlle Nohant semble ressusciter Alexandre Dumas. Il y a du mousquetaire dans le personnage de Laszlo de Nérac (originaire de Gascogne, n'est-ce pas ?), flamboyant, ambitieux, passionné, prêt à défendre son honneur pour conquérir sa belle. Il y a du mousquetaire aussi dans le très beau personnage de Violaine de Raezal, qui, avec des armes différentes a également à coeur de conquérir Paris et sa liberté malgré l'accueil plus que tiède de la bonne société, aggravé par son veuvage récent. Au cours du drame du Bazar de la Charité, les destins de Laszlo, Violaine mais également Constance d'Estingel, la jeune femme dont Laszlo est amoureux et de la duchesse Sophie d'Alençon (soeur de Sissi) vont se trouver irrémédiablement liés et transformés. Et je vous garantis une chose : on ne lâche pas l'affaire avant la fin (qui arrive trop vite, forcément).

J'ai vraiment apprécié la subtile reconstitution historique qui en dit beaucoup sur la condition des femmes à l'aube d'un 20ème siècle dont on ne sent pas encore les transformations à venir. Les différences de classe, les différences de traitements entre les riches et les pauvres qui existent même dans la mort, comme si certaines victimes avaient plus de prix que d'autres (mais est-ce que les choses ont changé de nos jours ?).

L'auteure a réussi son pari : me faire passer un moment qui mixe plaisir et découverte. Elle mérite très largement tous les lauriers qui lui ont été tressés. J'y ajoute une petite couronne personnelle et j'attends avec intérêt son prochain opus.

"La part des flammes" - Gaëlle Nohant - Le Livre de Poche (Editions Héloïse d'Ormesson) - 550 pages

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Noukette 23/12/2016 10:49

Aucune raison de se priver maintenant qu'il est en poche !

Nicole Grundlinger 23/12/2016 13:40

Aucune !

Sylvie GARIN 14/12/2016 23:21

Je partage ton avis, Nicole, excepté le rebondissement de la fin qui est superflu et très invraisemblable.

Nicole Grundlinger 15/12/2016 12:48

Oui tu me l'avais dit et j'ai pensé à toi :-D. Ça ne m'a pas gênée, je l'ai pris comme une crise de mysticisme...

Delphine-Olympe 14/12/2016 21:43

Sur le papier, ce roman a tout pour me plaire. L'ancrage dans le Paris du Second Empire (ma période littéraire de prédilection), une intrigue visiblement très maîtrisée, le thème de la condition des femmes...
Oui mais voilà... Comment dire ? Je crois que j'aurais l'impression de lire un roman anachronique. Dieu sait si Dumas, que tu cites, a été à l'origine de mes premiers émois de lectrice et s'il est une référence pour moi. Mais lire aujourd'hui un roman qui semble être dans sa forme une copie de roman du XIXe, je n'ai pas très envie - même si je ne doute pas qu'il soit réussi. Après avoir lu du XIXe jusqu'à satiété, j'ai envie aujourd'hui d'une écriture différente, de formes littéraires innovantes, d'explorer d'autres styles d'écriture. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre, mais il me semble, peut-être, que ça manque de modernité - c'est en tout cas ma crainte...

Nicole Grundlinger 15/12/2016 12:46

Ce qui explique que tu ne l'aies pas lu donc... Ceci dit, ressusciter Dumas ne veut pas forcement dire écrire comme lui. C'est bien un é crivain du 21e siècle qui s'exprime avec toute sa modernité. Par contre, les codes romanesques sont calqués sur ceux de l'époque. Sans être une inconditionnelle je trouve que de temps en temps, si c'est bien fait, c'est bien agreable.

MYMY 14/12/2016 17:36

Je l'ai lu aussi et j'ai beaucoup apprécié ....Une belle découverte vraiment ! MYMY

http://cousineslectures.canalblog.com/archives/2016/04/14/33596180.html

Nicole Grundlinger 15/12/2016 12:40

Je crois que nous sommes nombreux dans ce cas :-D !

Eliane 14/12/2016 17:07

Merci Nicole pour cette avis élogieux, on me l'a offert et il est dans ma PAL. Je pense, d'après vos commentaires, ne pas être déçue ! Merci et bonne soirée.

Nicole Grundlinger 15/12/2016 12:39

Bonne lecture Eliane, je ne doute pas non plus que vous passerez un bon moment. A très bientôt !

Elmire 14/12/2016 15:08

Merci, Nicole, pour cette chronique.
J'ai lu ce beau roman la semaine dernière, et je partage ton enthousiasme. Comme toi, je l'ai trouvé très réussi, pas "fabriqué" et tout à fait captivant. De beaux personnages et une critique intelligente de ce qui contribue à l'oppression des femmes à l'époque, mais sans "gros sabots" ni manichéisme.
Une vraie réussite, en effet !

Nicole Grundlinger 15/12/2016 12:27

Un sacré boulot d'écrivain pour arriver à un tel résultat, en effet. Merci de ce partage !