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Seules les bêtes - Colin Niel

26 Juillet 2017 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Polars

Plus qu'un polar, ce livre est une atmosphère, un tissu de sensations fait de multiples éléments piochés dans un environnement brut, dépouillé, où affleurent des individus mis à nu. Des coeurs blessés, des âmes solitaires, des solitudes vaines. Colin Niel bâtit un roman choral où les pièces du puzzle viennent s'imbriquer au fur et à mesure sans pour autant ôter au lecteur un sentiment de malaise devant ce que l'image finale révèle d'une nature humaine aux prises avec l'immensité de la solitude.

La solitude. En fait c'est elle l'héroïne de ce polar à l'ambiance rurale, où souffle le vent violent du sommet du causse désertique qui se mêle parfois aux courants chauds venus de beaucoup plus au sud, du désert africain. Un vent qui balaie les illusions, aux quatre coins d'un monde devenu aussi petit qu'un ancien quartier. Sur le causse, quelque part en France, au milieu des brebis, Evelyne Ducat a disparu. Partie randonner, elle n'est jamais revenue, sa voiture abandonnée à l'entrée du village. Qu'est-il arrivé à cette femme a priori sans histoires, épouse d'un riche homme d'affaires récemment revenu s'installer dans sa région d'origine ? Tour à tour, quatre protagonistes vont prendre la parole. Ils ignorent tout les uns des autres, ne savent même pas quel rôle ils ont joué dans la succession d'événements qui ont conduit à cette disparition... Et la mécanique du récit fonctionne si bien qu'on ne lâche rien avant d'avoir le fin mot de l'histoire.

Mais avant, le voyage vaut le détour. Chacun de ces personnages se consume de solitude et meurt à petit feu. Alice, l'assistante sociale qui tente de venir en aide aux agriculteurs chaque année de plus en plus désespérés, et qui elle-même se désespère de trouver si peu d'écoute dans son propre foyer. Joseph l'agriculteur, isolé sur le plateau désert du causse avec ses brebis pour seule compagnie et un désespoir qui creuse un peu plus son sillon chaque soir. Maribé, la petite bourgeoise parisienne qui fuit son milieu et ses échecs, en quête d'un peu d'authenticité, de chaleur, d'amour. Et puis Armand, là-bas en Afrique, qui pour les beaux yeux de Monique est prêt à toutes les magouilles.

La solitude, oui. Pour la chasser, on serait prêt à tout. Car elle est subtile, la garce. Elle vous mange le cerveau, elle vous ferme les yeux, elle vous donne des hallucinations. Une sorte de malédiction, un engrenage incontrôlable. Et un matériau que Colin Niel travaille à merveille pour nous dresser un aperçu d'un monde qui est le nôtre, oui, un monde dont il perçoit la fragilité des êtres broyés par la misère matérielle ou sentimentale. Il en fait un roman fort convaincant, au-delà de l'intrigue policière. Une belle découverte.

"Seules les bêtes" - Colin Niel - Rouergue Noir - 214 pages

Prix Landerneau des lecteurs 2017 dans la catégorie Polar.

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Mimi 29/07/2017 16:14

Un livre que je vais noter sur ma PAL, attirant et mystérieux. Merci !

Nicole Grundlinger 29/07/2017 16:45

Il vaut le détour, oui !

titoulematou 29/07/2017 12:40

Voila un splendide article sur un livre qui fut pour moi un coup de coeur !!!!!!!!!!!!!!

Nicole Grundlinger 01/08/2017 13:38

Merci ! Je les note... en espérant avoir un peu de temps :-)

titoulematou 01/08/2017 11:33

c'est grace à ma libraire et par son titre " obia" que j'ai commencé! Un pavé mais qui se lit tout seul, et plein d'informations sur le Guyane, je vous conseille aussi " les Hamacs de carton"

Nicole Grundlinger 29/07/2017 15:57

Il semble qu'il ait séduit beaucoup de lecteurs au vu des chroniques découvertes sur Babelio... Ca ne m'étonne pas et c'est un auteur que je suivrai désormais.

Itzamna 28/07/2017 21:43

Un coup de cœur pour moi, et pour une bonne partie du club de lecture cette année. Il était invité de la Librairie Lise&moi : c'est quelqu'un de sympathique. J'ai découvert ensuite sa série en Guyane avec "Ce qui reste en forêt", un beau récit également. Un auteur à suivre.

Nicole Grundlinger 29/07/2017 15:55

Ca ne m'étonne pas... j'ai découvert sur Babelio beaucoup de chroniques coups de coeur sur ce livre qui le mérite. J'espère avoir l'occasion de lire ses précédents romans, en tout cas je noterai le prochain avec envie :-)

mymy 28/07/2017 18:53

Il est ds ma PAL et devrait bientôt en sortir ..surtout après la lecture de ta chronique !
J'ai déjà certains des polars de COLIN NIEL qui se déroulent en GUYANE et j'ai beaucoup aimé ses enquêtes du capitaine Anato .

MYLENE
http://cousineslectures.canalblog.com/

Nicole Grundlinger 29/07/2017 15:53

Maintenant que je l'ai découvert j'ai bien envie de goûter à ses précédents romans. J'aime bien sa façon de créer une atmosphère...

papillon 27/07/2017 11:34

En voilà un que j'emporterais bien en vacances, même s'il a l'air assez sombre.

Nicole Grundlinger 27/07/2017 17:43

Sombre oui mais pas plombant non plus ; pas de quoi gâcher l'ambiance des vacances :-)

Marie-Laure 27/07/2017 09:54

J'avais beaucoup aimé ce roman, l'évocation de ces terres désolées et des hommes (des agriculteurs) un peu perdus qui tentent d'y survivre. Comme tu le dis, le personnage principal, c'est la solitude, insupportable pour la plupart des hommes, prêts à tout pour y échapper ! Un texte à recommander... Paraît-il que ses autres romans sont très bien aussi !

Nicole Grundlinger 27/07/2017 17:42

Mais oui, il va falloir approfondir la bibliographie de cet auteur du coup :-). C'est vraiment bien ficelé, tout à fait ce que j'aime dans ce genre de littérature. Je n'ai pas vu ton billet, je vais aller rechercher...

Delphine-Olympe 26/07/2017 19:32

La solitude, héroïne de ce roman ? Voilà qui me parle. Je le note pour une prochaine envie de polar...

Nicole Grundlinger 27/07/2017 17:40

Editeur de qualité, polar bien ficelé et atmosphère convaincante... oui, je pense qu'il peut te plaire :-)