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Mille soleils - Nicolas Delesalle

12 Janvier 2018 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

On peut faire confiance à Nicolas Delesalle quand il propose de nous ouvrir les yeux sur le monde qu'il a lui-même parcouru de long en large dans sa vie de reporter. On peut aussi lui faire confiance pour nous offrir un regard décalé, résultat de ses propres observations, réflexions et même engagements. Son précédent récit, Le goût du large invitait à l'ouverture et à l'introspection le temps d'un voyage en cargo. Changement de décor et de genre cette fois... Cap sur l'Argentine, le désert d'Atacama pour un roman qui nous propulse dans les pas de quatre personnages réunis pour une mission professionnelle. Un voyage qui va profondément changer leur destin...

Les grands espaces, toujours. L'homme confronté à l'immensité de la nature. Le décor planté par Nicolas Delesalle est grandiose, de ceux qui font rêver tous les aventuriers en herbe. Simon, Vadim, Alexandre et Wolfgang sont là pour une mission autour de l'installation de panneaux solaires sur les cuves de l'observatoire astronomique Malargie supervisée par Alexandre. Simon, journaliste pour le CNRS est l'organisateur du voyage tandis que Vadim et Wolfgang sont des ingénieurs directement impliqués dans le projet. Alors qu'ils sont sur le chemin du retour vers l'aéroport, sur des pistes désertes à l'horizon infini, alors que Vadim roule un peu trop vite, pour un instant d’inattention c'est l'accident. Quelques tonneaux, le temps suspendu et le silence... Vadim le taiseux, Simon l'hypocondriaque, Alexandre le beau gosse immature sont seuls face au cadavre de Wolfgang et seuls face à eux-mêmes.

Unité de temps (une même journée) et de lieu (ce désert si beau mais si hostile) pour un récit rythmé et imagé qui interroge sur la solitude, sur le regard que l'on porte sur soi-même sur ce qui nous pousse à fuir. Car chacun de ces hommes est confronté à ses doutes, ses failles, obligé de décider, d'agir pour ne pas mourir. La silhouette de Mathilda, une femme mûre originaire d'Afrique du Sud et qui a tout quitté du jour au lendemain pour entreprendre la traversée de l'Amérique à vélo, d'Anchorage au Canada jusqu'à la Patagonie vient ponctuer la narration et interroger sur l'inclination à la fuite et la nécessité de toujours avancer.

"C'est le salut des êtres humains esseulés quand ils croisent d'autres congénères. A force d'isolement, ils oublient à quel point ils détestent ces gens par la faute desquels ils ont décidé de partir un jour."

Où se situe l'aventure au 21ème siècle ? Maîtrise-t-on jamais sa vie quand il suffit d'un grain de sable (a priori dans le désert) pour que tout bascule ? Tout en nous proposant un vrai roman d'aventures, haletant, Nicolas Delesalle nous parle du monde avec une acuité mordante et un humour tout en retenue et porte sur les faibles humains que nous sommes un regard certes lucide mais empreint d'une bienveillance narquoise qui fait sourire autant qu'elle interroge et réconforte. L'auteur a mis de lui dans son livre mais semble désormais s'autoriser à laisser le romancier prendre plus de place. Et c'est tant mieux.

"Les mystères de ceux que l'on croise un instant dans la rue, dans le métro, dans une station-service ou dans le désert nous sont inaccessibles ; nos vies se croisent, se toisent, s'effleurent, la plupart du temps s'ignorent, nous mourons les uns pour les autres une seconde après la rencontre et chacun fait tous les jours l'expérience de ces milliers de deuils instantanés sans jamais verser une larme".

"Mille soleils" - Nicolas Delesalle - Préludes - 256 pages

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Commenter cet article

manou 13/01/2018 10:34

J'avais beaucoup aimé "un parfum d'herbe coupé", le premier de l'auteur que j'avais lu et tu me donnes envie de continuer à explorer ses écrits. merci pour cette chronique

Nicole Grundlinger 15/01/2018 15:01

Par contre ce livre est très différent d'Un parfum... (que je n'ai pas lu) :-)

zazy 12/01/2018 23:31

Un auteur que je ne connais pas encore, mais tu donnes envie de le lire. Je vais aller sur le site de la bib

Nicole Grundlinger 15/01/2018 15:00

Cf ma réponse à Delphine :-) ... Je pense que celui-ci pourrait te plaire, oui .

Edyta 12/01/2018 19:46

"Un parfum d'herbe coupée" est toujours dans ma PAL.

Nicole Grundlinger 15/01/2018 14:59

D'après ce que j'ai compris les 2 sont très différents (d'ailleurs je n'ai pas lu Un parfum..., ).

Delphine-Olympe 12/01/2018 19:43

Je ne connais pas cette auteur (vaguement de nom), mais tu me donnes assez envie de le découvrir...

Nicole Grundlinger 15/01/2018 14:58

Je lisais ses reportages dans Télérama... Pas lu son premier roman dont le thème ne me tentait pas du tout mais par contre j'ai beaucoup aimé son récit de voyage sur un cargo ainsi que ce roman, bien dépaysant :-)

Electra 12/01/2018 12:36

très belle chronique et le dernier extrait est frappant !

Nicole Grundlinger 12/01/2018 13:02

Merci ! Oui, j'ai tout de suite accroché sur ce passage qui donne à réfléchir.

Virginie Vertigo 12/01/2018 12:09

Très belle chronique comme d’habitude. Il a clairement franchi un cap avec ce roman plus fort que le précédent. J’ai suivi de loin la rencontre Préludes et j’ai compris pourquoi.
En rédigeant ma chronique je me suis demandée s’il fallait ou non dévoiler le décès.

Virginie Vertigo 12/01/2018 18:22

J’ai suivi la rencontre en ligne. Je t’ai vue d’ailleurs poser des questions ;-)
Du coup moi j’ai pris le parti de ne pas parler du décès mais bon qu’on dévoile ou pas ça ne change pas l’affaire.

Nicole Grundlinger 12/01/2018 13:01

Je me suis aussi posé la question et j'ai choisi de rester sur ma première impression de lecture, alors que je ne connaissais pas le niveau du degré autobiographique. C'est d'ailleurs ce que je lui ai dit mercredi (mais je ne t'ai pas vue... tu as suivi en ligne ?), je pensais bien que c'était inspiré de ses expériences terrain mais je n'ai jamais imaginé que c'était à ce point. Je crois d'ailleurs que de le savoir n'apporte rien de spécial à la lecture. J'irai te lire :-)