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Est-ce ainsi que les hommes jugent ? - Mathieu Menegaux

11 Mai 2018 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Depuis le choc Je me suis tue, son premier roman, on connaît l'habileté de Mathieu Menegaux à faire monter la tension et à décortiquer de façon implacable un engrenage dramatique.  En bon observateur de la nature humaine, il parvient à mettre le doigt sur les rouages psychologiques, les faux-semblants, les erreurs d'interprétation ou d'aiguillage qui conduisent à une situation inextricable. J'ai fait l'impasse sur son deuxième roman, échaudée par les commentaires laissant entendre que, si le résultat était intéressant, le processus ressemblait trop au premier. Alors ? Qu'en est-il de ce nouvel opus ?

D'engrenage il est toujours question. Il n'y a qu'à lire le titre pour l'imaginer. De justice également et de cette ligne si fragile qui sépare un coupable d'un innocent. Dans Est-ce ainsi que les hommes jugent ? C'est la justice qui est au centre du propos et surtout les hommes : ceux qui sont chargés de la servir et ceux qui se croient autorisés à la rendre. Ironie de la part de l'auteur, le "client" de cette justice, Gustavo Santini est d'origine argentine, un pays où le mot justice n'a pas toujours eu la même signification qu'en France, pays des libertés. Gustavo donc est tranquillement chez lui en famille lorsque les policiers débarquent et transforment sa vie en cauchemar. Perquisition musclée, garde à vue, interrogatoire poussé... Le cadre d'une entreprise florissante, chef de famille sans problème est brusquement transformé en suspect d'un homicide survenu trois ans plus tôt sur le parking d'un centre commercial et qui a laissé une adolescente orpheline. Suspect ? C'est plutôt en coupable que Gustavo est traité. Au diable la présomption d'innocence après tout, les indices matériels sont terribles et le commandant Defils n'a pas l'intention de lâcher son homme. Trois ans qu'il piste l'assassin. Depuis qu'il a promis à la jeune orpheline de faire payer le coupable...

Là où Mathieu Menegaux est fort c'est qu'il a beau nous présenter Gustavo comme un innocent dès le départ, on en vient petit à petit à douter au gré de l'avancée de l'enquête. Il y a des pièces à conviction. Il y a des coïncidences étonnantes. La seule qui ne doute pas c'est Sophie, la femme de Gustavo. Mais bon... c'est sa femme. Pourtant, tout le monde se trompe. Ce n'est plus l'institution judiciaire qui établit la culpabilité ou l'innocence. Peu importent les présomptions, les preuves, les résultats des investigations. Désormais les médias sont tout puissants. Le peuple s'exprime à travers eux, via les réseaux sociaux. Le peuple décide. Le peuple juge. Lève ou baisse le pouce.

Une fois encore, Mathieu Menegaux utilise les failles humaines tout au long d'un parcours censé permettre d'établir la vérité mais sans cesse brouillé par des événements perturbateurs. Même si le thème du cauchemar de l'innocent broyé par la justice n'est pas nouveau, l'éclairage du rôle joué par la justice médiatique parallèle est salutaire. Et nous renvoie à nos propres réactions : à partir de quels éléments jugeons-nous ? Des faits ? Des preuves ? Des images ? Quels sont les dangers d'une perte de confiance des citoyens dans la justice ? Quelle exploitation de ces failles pourraient faire des organisations mal intentionnées ?

L'impact de ce roman n'est plus lié à l'effet de surprise qui faisait le sel de Je me suis tue mais plutôt à l'enchaînement de questionnements qu'il déroule. On le lit en apnée, d'une traite. Il n'a rien d'extrêmement nouveau mais il a le mérite de clarifier un certain nombre de sensations et d'intuitions que nous avons tous eues. Et puis, personnellement, il m'a confortée dans ma manie de garder précieusement mes tickets de carte bleue...

"Est-ce ainsi que les hommes jugent ?" - Mathieu Menegaux - Grasset - 230 pages

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Commenter cet article

zazy 14/05/2018 14:44

Un auteur qu'il me faudra découvrir. Mais si je le trouve à la bib, je n'aurai pas de tickets de carte bleue !

Nicole Grundlinger 14/05/2018 15:00

Oh tu vas certainement trouver son premier, Je me suis tue... Quant aux tickets de CB, il faut tous les conserver :-)

Delphine-Olympe 12/05/2018 16:44

Pour ma part, je vais m'arrêter là et attendre que l'auteur se renouvelle... s'il le peut.

Nicole Grundlinger 12/05/2018 17:41

D'accord mais garde quand même tes reçus de carte bleue ;-)

krol 11/05/2018 19:57

Je ne garde jamais mes tickets de carte bleue... Je vais devoir lire ce livre pour savoir pourquoi...

Nicole Grundlinger 12/05/2018 13:37

Oui et tu vas voir, c'est convainquant ;-)

manou 11/05/2018 15:17

Il me tente beaucoup celui-là aussi...d'autant plus que j'avais noté son précédent roman et que je ne l'ai jamais lu. Il est temps que je fasse sa découverte. Merci pour cette belle chronique

Nicole Grundlinger 11/05/2018 17:55

Mais oui, n'hésite pas. Notamment son 1er roman, Je me suis tue qui est en poche et se lit très très vite. Une bonne entrée en matière.