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Scherbius (et moi) - Antoine Bello

14 Mai 2018 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Mais où va-t-il chercher tout ça ? J'étais à peine remise de ma course folle auprès de L'homme qui s'envola, les maximes d'Ada me trottaient encore dans la tête et voilà qu'Antoine Bello remet ça ! J'étais bien décidée à résister quelques semaines mais Noukette n'a eu qu'à m'agiter la couverture sous le nez pour que je file à la librairie et me joigne à elle pour cette lecture commune. Comme si je n'attendais que ça. Il faut dire que le pitch est alléchant. Ce portrait d'un imposteur de génie qu'un psychiatre se met en tête de diagnostiquer puis de guérir... Encore un face à face comme sait les orchestrer Antoine Bello, après le fuyard et l'enquêteur, le détective et l'intelligence artificielle voici donc le thérapeute et le caméléon.

Ce qu'Antoine Bello nous met entre les mains est un livre rassemblant les six éditions de l'étude publiée par Maxime Le Verrier aux Editions du Sens, entre 1978 et 2004. Une étude dont l'unique sujet est le fameux Scherbius qui débarque un jour dans le cabinet du jeune psychiatre alors débutant et qui est loin de se douter que la relation avec son patient va l'occuper durant toute sa vie active. Scherbius est un individu étrange et captivant, une sorte de caméléon qui se glisse dans la peau de tas de personnages et chez lequel Le Verrier, après l'avoir écouté exposer sa vie, finit par diagnostiquer un syndrome de personnalités multiples. La publication de la première édition de son étude est un immense succès qui lance sa carrière et sa réputation. Pourtant, ce n'est que le début de l'aventure. Car Scherbius ne se pose jamais, ne cesse d'inventer... au point que le jour où les organisateurs d'un colloque dans lequel Le Verrier doit intervenir lui demandent d'apporter quelques éléments factuels, le psy va s'apercevoir que la dimension de la pathologie de Scherbius déborde largement du cadre initial. Alors ? Imposteur ? Affabulateur ? Malade ou menteur ?

C'est tout le jeu auquel Antoine Bello convie son lecteur avec, encore une fois, un certain brio. D'abord dans la forme et la construction narrative avec lesquelles on a vraiment l'impression d'avoir affaire à un véritable psy. Rien ne manque, ni les références aux études américaines, les rivalités entre chercheurs, ni même les notes de bas de page (savoureuses !). Ensuite dans le propos où l'on retrouve l'un des thèmes favoris de l'auteur, cette réflexion autour du rôle de la littérature, de la façon dont elle inspire nos vies, avec, cette fois une ode au pouvoir de l'imaginaire. Quand Scherbius déclare à Le Verrier "Rien ne risquait de leur arriver. Ils n'étaient qu'eux", on mesure à quel point s'inventer de multiples personnages est plus que vital pour lui. Tandis que de son côté le psy s'inquiète pour son patient de "l'effet sur son psychisme de toutes ces histoires qu'il se raconte. La fiction est un virus qui contamine tout ce qu'il touche."

J'ai l'impression de dire la même chose pour chaque nouveau roman d'Antoine Bello mais tant pis : c'est intelligent (parfois brillant), troublant (on se demande sans cesse où est la vérité) et ludique (pas sûr que les études des psys soient teintées de tant d'humour d'habitude). Ceux qui aiment s'évader avec les livres sont doublement servis (je vous laisse découvrir pourquoi). Je suis épatée par la consistance de l'ensemble (la trame de fond qui reprend l'actualité des trois dernières décennies, Scherbius en plus !) au point de me demander si, tout comme il avait mis beaucoup de lui dans John Walker, le héros de L'homme qui s'envola, Antoine Bello ne serait pas lui-même atteint du syndrome de personnalités multiples. En tout cas une chose est sûre, ce livre n'est pas une imposture.

"Scherbius est à la fois le rêve et le cauchemar d'un thérapeute, au point que je serais parfois bien en peine de dire qui est le cobaye de l'autre."

"Scherbius (et moi)" - Antoine Bello - Gallimard - 438 pages succulentes

Lecture et plaisir partagés avec Noukette !

 

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Eva 12/07/2018 11:04

Après avoir adoré la trilogie des Falsificateurs, j'ai été déçue par Ada et par L'homme qui s'envola, mais je vais tenter de nouveau avec Scherbius et moi, en espérant avoir une bonne surprise!

Nicole Grundlinger 12/07/2018 17:40

Toujours pas réussi à caser Les falsificateurs (j'ai connu Bello bien après et du coup j'ai ce rattrapage à faire... le bouquin dans ma pile mais...). Personnellement j'ai beaucoup aimé Ada, Roman américain et Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet ; L'homme qui s'envola m'a bien divertie. J'espère que Scherbius te permettra de renouer avec cet auteur bien malicieux.

zazy 15/05/2018 17:11

Je vais finir par devoir faire la vaisselle chez mon libraire pour payer lous les livres que je voudrais acheter, surtout si tu me tentes à ce point !

Nicole Grundlinger 15/05/2018 17:27

Désolée :-) (en fait non, j'adore précipiter mes relations dans les librairies...)

Delphine-Olympe 14/05/2018 22:35

A vous deux, Noukette et toi, vous m'avez mis l'eau à la bouche !

Nicole Grundlinger 15/05/2018 13:32

Hé hé... c'est bête tu vas devoir retourner à la librairie ;-)

Noukette 14/05/2018 13:06

Quelle chance tu as d'avoir encore à découvrir Les falsificateurs !!! Tu verras, c'est du grand Bello ! J'attaque la suite cet été ;-)
Ravie d'avoir partagé cette lecture avec toi, ce fut un plaisir !

Nicole Grundlinger 14/05/2018 15:06

Mais oui, je me lèche les babines à l'avance... en fait j'ai découvert Bello bien après et comme il en sort un tous les quart d'heure c'est compliqué de glisser du rattrapage :-). Pour notre première lecture commune, c'était du premier choix !

keisha 14/05/2018 09:48

J'ai tout lu (ou presque) de l'auteur, alors là je craque!!!

Nicole Grundlinger 14/05/2018 15:11

Sans aucun risque !

krol 14/05/2018 09:26

Et dire que je n'ai toujours pas lu Les falsificateurs... Ceci dit, j'ai largement préféré Ada à L'homme qui s'envola. Mais je reconnais à Antoine Bello un grand talent de narrateur.

Nicole Grundlinger 14/05/2018 15:04

Oui moi aussi j'ai préféré Ada mais globalement, je n'ai jamais été déçue par un roman d'Antoine Bello. Mais je suis comme toi, je l'ai découvert après Les Falsificateurs que je n'ai donc pas encore lu mais que j'ai mis au programme de mon rattrapage estival (si tu veux faire une LC, fais moi signe :-) )

Jostein 14/05/2018 08:42

J’hésite, j’ai peur de m’y perdre. Je vais peut-être commencer avec un des deux précédents

Nicole Grundlinger 14/05/2018 15:02

Dans ce cas, je te conseille de commencer par Ada qui vient juste de sortir en Folio : c'est du Bello tout craché, ça parle d'un sujet très actuel (Intelligence Artificielle), c'est hyper malin... Je pense qu'après ça, tu auras attrapé le virus !