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La rose de Saragosse - Raphaël Jerusalmy

12 Juin 2018 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Ravie de retrouver la plume de Raphaël Jerusalmy dont La confrérie des chasseurs de livres m'avait beaucoup plu. Et pas mécontente de le suivre à nouveau dans son exploration du 15ème siècle, une époque particulièrement clé tant en termes d'inventions que de combats pour la liberté. L'auteur choisit le prisme des arts, pour illustrer les luttes contre l'ignorance propice à toutes les dictatures. A commencer par celle de la toute puissante Église catholique.

Dans La confrérie des chasseurs de livres, François Villon devenait le héros bataillant, sous l'influence de Louis XI pour favoriser la propagation des livres et ainsi de la connaissance, face à la censure de l'église de Rome. Avec La rose de Saragosse, nous sommes une vingtaine d'années plus tard, en 1485, en Espagne où l'Inquisition fait régner la terreur sous l'égide de Torquemada. On envoie rapidement au bûcher à cette époque, des listes circulent, incroyants, infidèles ou autres "mal convertis"... la délation vit certaines de ses grandes heures, on connaît le principe et le type de politiques qui visent à la favoriser. Certains en vivent d'ailleurs, comme cet Angel de la Cruz, un noble déchu et désargenté qui vend ses services au plus offrant. Un indic qui possède néanmoins un réel talent de dessinateur même s'il l'utilise pour mieux traquer ses proies. A Saragosse, un petit malin s'amuse à narguer Torquemada, des caricatures gravées et signées d'une rose s'affichent sur les murs, déclenchant la fureur du grand Inquisiteur. "A quoi, diable, reconnaît-on un homme libre ?" enrage Torquemada. Bien décidé à dénicher le ou les coupables, Angel, flanqué de son horrible chien Cerbero s'intéresse de plus en plus près à deux familles, les de Montessa et les Cuheno, des juifs convertis dont les plus jeunes, Léa et Yéhuda sont amis depuis l'enfance. Commence alors un jeu du chat et de la souris sur fond d'affinités artistiques, tout en ombres et lumières.

Encore une fois, Raphaël Jerusalmy orchestre un roman vif, sur les traces de ceux, anonymes ou célèbres qui ont œuvré sans relâche pour la liberté et le libre arbitre. Liberté de penser, liberté de créer et de diffuser sa vision des choses. Il trouve le ton juste pour exalter le pouvoir de l'art et des mots magnifiques pour parler de la gravure "l'art des rebelles" dit Léa, "Elle détourne encre et papier de l'usage que leur ont assigné les scribes. Elle élargit le stylet de l'emprise des lettres et des signes, lui donnant plus de leste. Elle émancipe nos regards des diktats auxquels les peintres l'astreignent. Elle oblige à voir autrement. Sans artifices ni demi-teintes".

Et le lecteur d'admirer une fois encore cet art subtil qui consiste à rapprocher les époques, à puiser dans les vastes archives de la connaissance pour mieux mettre en garde sur les dangers qui guettent notre siècle. Et à rappeler les valeurs qui fondent le monde libre.

"La rose de Saragosse" - Raphaël Jerusalmy - Actes Sud - 190 pages

 

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manou 13/06/2018 09:07

Les choix d'édition d'Actes Sud sont le plus souvent à découvrir...et les couvertures ne manquent pas d'attrait. Alors un jour je me laisserai tenter car ta chronique m'y invite...

Nicole Grundlinger 13/06/2018 16:25

Effectivement, une maison d'édition qui propose un tas de richesses... il n'y a qu'à piocher :-)

Delphiine-Olympe 12/06/2018 17:57

Je n'ai pas été aussi enthousiaste que toi, même si ce livre ne manque d'intérêt.

Nicole Grundlinger 13/06/2018 16:24

Oui j'avais vu passer ton billet... Pour moi il est dans la continuité du précédent, en mieux écrit ; l'ensemble met en lumière un point de vue intéressant (et personnellement, je n'ai jamais pensé au Nom de la rose :-) ).