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Tout ce qui nous submerge - Daisy Johnson

17 Février 2019 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

C'est toujours une expérience intéressante de partir sur les traces d'une nouvelle pépite de la littérature. Finaliste du Man Booker Prize à même pas trente ans... Britannique en plus. J'ai donc ouvert ce premier roman avec une belle envie et je l'ai refermé avec une impression très mitigée. J'y ai trouvé une écriture élégante, une ambition, un sens indéniable de la description. Mais je me suis surprise à rattraper mon esprit qui avait tendance à s'échapper, un peu perdu dans les méandres et les circonvolutions d'une intrigue peut-être un peu trop délayée...

En même temps, c'est un livre liquide, dont le fil rouge est une rivière et dont le titre annonce la couleur. L'eau est omniprésente, c'est peut-être pour cela que j'ai parfois eu la sensation de me noyer. Jusqu'à l'âge de seize ans, Gretel a vécu avec sa mère, Sarah, sur une péniche. Et puis un jour, Sarah l'a abandonnée et s'est volatilisée.

"Les enfants sont supposés quitter leurs parents. C'est comme ça que ça doit se passer. Quand on devient parents, il faut accepter ça, quoi que ça implique. En revanche, les parents ne sont pas supposés quitter leurs enfants".

A trente-deux ans, Gretel est lexicographe, les mots figurent son quotidien mais ne répondent pas aux questions qui la taraudent. Alors, quand elle retrouve Sarah, elle tente de remplir les trous de sa mémoire, de trouver des explications à certaines images imprimées sur sa rétine. Sauf que l'esprit de Sarah se fait la malle et que ses douleurs semblent enfermées à jamais dans ce corps qui la lâche peu à peu... Le lecteur est invité à plonger dans le passé par l'intermédiaire de chapitres qui alternent entre le récit de Gretel sur la traque qui l'a menée à Sarah et les souvenirs de Gretel sur le temps où elles vivaient sur la rivière ; et puis revient régulièrement au présent où se déroule le dernier face à face entre la mère et la fille. Des personnages apparaissent. Marcus, Fiona, Roger, Laura, Charlie, Margot. Reste à éclaircir leurs rôles et à trouver un sens à toute cette histoire dont la famille et l'identité semblent être au cœur.

Et pour être honnête, j'ai eu envie de comprendre, de remettre moi aussi de l'ordre dans les souvenirs de Gretel, d'élucider la source de la souffrance de Sarah et de les aider à combler les trous. Et j'ai trouvé, en arrivant au bout de cette histoire que l'auteure faisait effectivement preuve d'une belle maitrise dans la construction. Mais peut-être trop justement. Car je ne suis jamais entrée en empathie avec l'un ou l'autre des personnages, je n'ai pas été emportée, je suis restée sans émotion et l'emboîtement des pièces du puzzle n'a pas suffi à me satisfaire. Ce qui est donc très personnel. Mais peut-être tout simplement que l'univers singulier (car il y a un vrai univers, ça c'est sûr) que fait naître Daisy Johnson ne correspond pas à ma sensibilité.

Me restent une belle écriture, une puissance d'évocation et l'impression d'avoir rencontré une vraie plume avec laquelle je ne serais pas contre retenter l'aventure à l'avenir.

"Tout ce qui nous submerge" - Daisy Johnson - Stock La cosmopolite - 324 pages (traduit de l'anglais par Laetitia Devaux)

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Clara 25/02/2019 11:57

Seras-tu étonnée si je te dis que c'est un abandon pour moi :)?

Nicole Grundlinger 25/02/2019 16:25

Pas vraiment... même si, de mon côté je n'ai pas vraiment songé à abandonner, j'avais envie de voir le puzzle se construire jusqu'au bout et franchement, l'écriture est plutôt belle. Mais je conçois qu'on n'ait pas envie de nager... :-)

lewerentz 23/02/2019 11:29

Je l'ai noté mais pas sûre de le lire vu ton avis.

Nicole Grundlinger 23/02/2019 16:42

Ce n'est que mon avis, et, je pense, une question de sensibilité. Tu auras peut-être l'occasion de te faire ta propre opinion. (mais je reconnais que, forcément, mon avis mitigé ne doit pas forcément donner envie :-) )

Delphine-Olympe 18/02/2019 20:51

Bon, je t'ai connue plus enthousiaste... et donc plus convaincante, forcément ;-)

Nicole Grundlinger 19/02/2019 16:21

Forcément, quand l'avis est tranché, qu'on adore ou qu'on déteste, c'est plus simple. Le coup du sentiment mitigé est beaucoup plus complexe à traduire... Mais l'exercice est intéressant (et tous les livres ne valent pas la peine qu'on le tente :-) )

Electra 18/02/2019 14:25

j'aime beaucoup ton billet, car oui on a une sensibilité propre à chacun et du coup on peut passer "à côté" d'un roman, d'une histoire, de personnages alors qu'un autre lecteur plongera tout entier ! du coup, j'aime bien rappeler dans mes chroniques (quand le livre est bien écrit, avec une belle construction) qu'il pourra plaire à d'autres. Ton ressenti me dit que j'aurais sans doute eu la même expérience de lecture.

Nicole Grundlinger 18/02/2019 15:55

Oui, il y a des lectures dont on a quand même envie de parler, parce qu'il y a vraiment du bon, même si on n'a pas été soi-même touché ; c'est le cas ici. Pour l'instant j'ai croisé d'autres avis du même type, et quelques-uns plus enthousiastes que je lis avec intérêt.

Eva 18/02/2019 13:16

C'est un roman dont j'attendais beaucoup, et que je vais lire bientôt - ton avis mitigé me fait revoir mes attentes, et c'est tant mieux, je vais peut-être par conséquent éviter une déception !

Nicole Grundlinger 18/02/2019 15:53

Peut-être que tu seras plus sensible à cet univers parce que pour le reste, c'est quand même remarquable. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas l'impression d'avoir perdu mon temps :-)

zarline 17/02/2019 19:02

Plutôt adepte de la sélection du Booker, j'avais déjà l'impression à l'époque de sa sélection que c'était un peu sur-compliqué et embrouillé. Ton billet confirme en partie mes a priori et je pense du coup m'abstenir. D'ailleurs jeune auteure, Booker, complexité, ça me fait penser aux Luminaries d'Eleanor Catton dont j'étais passée complètement à côté.

Nicole Grundlinger 17/02/2019 19:07

Oh Les luminaires c'était encore une autre dimension, et là moi j'avais complètement adhéré tout en admettant que ce n'était pas évident.

krol 17/02/2019 10:03

On sent très bien à travers ton avis très argumenté qu'un autre lecteur pourrait totalement adhérer à ce roman. Tu donnes envie de s'y plonger...

Nicole Grundlinger 17/02/2019 17:20

Ah tant mieux parce que c'est le genre de roman dont je perçois très bien la qualité, qui n'a pas fonctionné avec moi mais dont j'ai envie de parler pour inciter à le découvrir.