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Le fondateur - Giuliano da Empoli

15 Octobre 2026 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Contrairement à ce que pense l'un des protagonistes de ce roman, il est encore possible que l'esprit du temps soit saisi dans un livre. Giuliano da Empoli en fait une sorte de démonstration par l'absurde en mettant côte à côte l'ancien monde et le nouveau en train d'advenir. Plus qu'une photographie c'est une sorte de scanner qui explore les entrailles des fondations du futur et offre des images aussi fascinantes que flippantes. Mais avec lui, on est habitué.

Ici la fiction se nourrit de la réalité et ne s'en cache pas. Ce G. qui raconte, ancien conseiller politique déchu nous semble familier même lorsque l'auteur fait mine de se dédoubler à travers un personnage d'écrivain en mal d'inspiration, spectateur désabusé d'un monde qui lui échappe. Son fondateur, Alexander Zimmer et sa société Panoptik sont librement inspirés d'acteurs qui font certes moins l'actualité que d'autres (présents dans le livre) mais œuvrent dans l'ombre. Ce qui surprend c'est le lieu de l'intrigue, Marbella, bien loin de la Sillicon Valley, drôle de territoire sur lequel l'auteur nous instruit avec un certain piquant. C'est là que Zimmer a installé le siège de Panoptik et que vient s'installer G. fraîchement recruté par l'entreprise. C'est avec lui, à travers ses yeux que nous allons découvrir les nouveaux enjeux du pouvoir (non plus la détention de l'information mais son traitement grâce à la récolte, au recoupement et à l'analyse de milliards de données en un temps record), et surtout son transfert depuis les Etats vers les Fondateurs, ces visionnaires de la Tech attelés à la transformation du monde. Se pose alors la question cruciale de la possible disparition de l'humain.

Ce qui peut paraître abstrait à travers des articles ou des reportages prend vie ici sous la plume du romancier et sens quand celle-ci est chargée de l'expérience et de la connaissance des coulisses. Ce qui est bien avec Giuliano da Empoli c'est qu'il n'écrit jamais pour ne rien dire. Pas de remplissage, chaque phrase a son utilité. Le parti-pris romanesque lui permet d'amener de la chair et de rendre palpable la lutte pour tenter de sauvegarder une part d'humain sur un terrain que beaucoup souhaitent voir occupé par des machines. L'ultra surveillance à l’œuvre et ses applications apparaissent ici avec une limpidité assez angoissante. Je suis ressortie de ma lecture assez désemparée par la sensation de ne pas maîtriser grand-chose, mais au moins de savoir pourquoi. Le roman est certes crépusculaire (comment ne pas ?) mais sacrément éclairant. 

"Le fondateur" - Giuliano da Empoli - Gallimard - 282 pages

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