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Un marché noir - Bérénice Pichat

12 Octobre 2026 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Je suis fascinée par la période de l'occupation en France, sans doute parce qu'il est difficile de comprendre tout à fait sans l'avoir vécue. Il faut être un très bon romancier pour s'en emparer et faire évoluer des personnages crédibles dans une atmosphère trouble, opaque, propice à toutes les interprétations. Bérénice Pichat surfe parfaitement sur ces flots agités autant par les faits que par l'imagination d'une population réduite à des suppositions par la désinformation.

Il faut d'abord saluer sa construction qui m'a fait penser à ces albums pour enfants dans lesquels un système de calque vient ajouter des éléments ou des couleurs au dessin de base. Dans un premier temps l'histoire nous apparaît par les yeux de Servane, jeune fille orpheline de mère élevée par un beau-père attentif mais abîmé par la défaite de 1940 et la perte de ses illusions. C'est la faim qui creuse le corps et occupe les pensées de Servane, la faim qui va la pousser à accepter la proposition de son amie Rosa. Quelques colis à récupérer, transporter, livrer ; le risque est vite balayé face à la perspective de reprendre des forces et puis, ce sera toujours ça de pris à l'occupant pense-t-elle. Le second temps est celui de Paul, un mercanti comme on les appelle, as de la débrouille dans ce Paris qui manque de tout sauf pour ceux qui ont de quoi payer, ou gravitent dans certains cercles. C'est le fameux effet de calque qui vient compléter et éclairer la première partie avec une intéressante profondeur. 

Il faut ensuite souligner la reconstitution d'un Paris occupé du quotidien, celui des queues, de la crainte permanente, des descentes de police violentes qui côtoie celui des fêtes, des excès et de la collaboration. Vu par le regard d'anti-héros profondément humains et de témoins essentiels. J'ai retrouvé l'ambiance des récits de Janet Flaner dans Paris est une guerre, ces différentes nuances de gris plus proches de la vérité que les récits héroïques même réels. Bérénice Pichat confie à une troisième voix le soin d'entretenir le suspense et parfaire le drame dans un final implacable. L'autrice réussit un roman tout en ombres, peuplé d'individus dont le passé impacte les choix autant que les conditions dans lesquelles ils tentent de survivre. Il est toujours instructif d'aller se confronter aux ombres du passé, de se rappeler que pour certains dans le monde elles sont le présent. Et que lorsqu'elles surviennent on est face à soi-même. 

Une réussite.

"Un marché noir" - Bérénice Pichat - Les Avrils - 276 pages

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