Le Roi des cendres - S.A. Cosby
2 Octobre 2025 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Polars
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"Le feu détruit tout" et S.A. Cosby manie les allumettes avec une certaine perversité. Il faut dire qu'à Jefferson Run, petite ville de Virginie mitée par la désindustrialisation et rongée par le crime il suffit d'une étincelle pour faire repartir des feux jamais complètement éteints. Roman en était parti, pour de bon pensait-il. Désormais à la tête d'une lucrative affaire de gestion de patrimoine à Atlanta il a laissé derrière lui l'entreprise familiale et les souvenirs qui vont avec. Ses clients sont des stars du rap ou du sport, du bling bling et des airs de voyou en façade, bien loin de la réalité des rues de Jefferson Run qui se rappelle soudain à lui lorsque son père est victime d'un grave accident. De retour dans la maison de son enfance, il retrouve sa sœur Neveah, brave petit soldat resté pour gérer le crématorium avec leur père, son frère Dante plus accro aux drogues et aux bêtises qu'au travail. Aussitôt remontent les souvenirs, la disparition inexpliquée de leur mère vingt ans auparavant, les soupçons qui pèsent toujours sur leur père malgré les années... un crématorium c'est bien pratique n'est-ce pas, "le feu détruit tout". La première allumette ne tarde pas à flamber : Dante s'est salement mis à dos les caïds les plus dangereux du coin et Roman est bien décidé à le sortir du pétrin. On se doute qu'avec des clients pareils la température va grimper et on n'est pas déçu...
Le cocktail explosif mis au point par l'auteur est fait de remords, de secrets qui rongent, de silences toxiques, de mensonges irradiants et d'une bonne louche de cette violence habile à s'infiltrer dans chaque interstice rendu disponible par le renoncement, la cupidité et la soif de pouvoir. Mais pas seulement. La mécanique qui détruit une famille à petit feu est parfaitement disséquée et l'évolution de la trajectoire de Roman mise en scène dans un implacable crescendo. Terrible engrenage où chaque mèche s'allume à la précédente, que l'on suit avec un effroi un peu coupable jusqu'au flamboyant final. La méthode est particulièrement perverse, sans pitié et sans doute sans espoir, mais d'une efficacité radicale pour faire avaler avec appétit au lecteur 400 pages grillées à cœur, même s'il faudra tout de même que S.A. Cosby pense à donner l'adresse du dentiste qui pose des implants en trois heures tapantes et une seule séance, une vraie rareté... Quoi qu'il en soit, très fort est l'auteur qui parvient à si bien glacer en jouant avec le feu. On avait déjà admiré son art, ça se confirme.
"Le Roi des cendres" - S.A. Cosby - Sonatine - 408 pages (traduit de l'anglais (EU) par Pierre Szczeciner)
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