Nos derniers jours sauvages - Anna Bailey
14 Mai 2026 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Polars
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D'abord il y a le décor. La sauvagerie du bayou, le labyrinthe d'eau et de végétation, les ombres propices aux cachettes et aux imprévus. Jacknife, petite ville de Louisiane grignotée par les marécages où les habitants encore meurtris par le passage de l'ouragan Katrina côtoient serpents et alligators. Dès les premières pages, l'autrice plante la moiteur et la touffeur du terrain et l'on devine que ceux qui vivent là sont des survivants à leur manière.
Cet endroit, Loyal May l'a quitté à dix-sept ans pour se donner une chance de réaliser son rêve. Devenue journaliste à Houston la voici de retour dix ans plus tard auprès de sa mère dont la santé inquiète. Les souvenirs douloureux ne tardent pas à refaire surface, surtout liés à son amitié gâchée avec Cutter Labasque, jeune fille étrange et rugueuse à l'image de sa fratrie isolée sur un îlot dans les marais dont les maigres ressources proviennent de la chasse aux alligators. Embauchée dans la gazette locale, Loyal y retrouve Sasha, un ancien camarade d'école au parcours rendu difficile par son orientation sexuelle. Ils sont bientôt confrontés à deux événements dramatiques : un corps est repêché dans la rivière et une adolescente est portée disparue. Si les légendes locales influencent encore les habitants, Loyal reste ancrée dans la réalité et animée par son expérience au contact de crimes. Mais rien n'est simple à Jacknife...
Ce roman noir habité par la violence d'un lieu est porté par le duo iconoclaste formé par Loyal et Sasha, apprentis enquêteurs que leurs différences désignent à la stigmatisation depuis l'enfance dans un climat qui valorise la virilité et méprise la faiblesse ou le manque d'assurance. Dans l'esprit de Loyal les réminiscences du passé et la culpabilité viennent chahuter la lucidité de son regard extérieur sur une communauté dont elle connaît les vulnérabilités mais découvre les nouveaux maux. En creux se dessine le portrait d'une Amérique profonde, entre repli et oubli dans des territoires menacés de disparition. Pas le meilleur endroit pour les femmes, on s'en doute. L'immersion dans cette atmosphère saturée est fascinante.
"Nos derniers jours sauvages" - Anna Bailey - Sonatine - 350 pages (traduit de l'anglais par Héloïse Esquié)
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