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Du revers - Luis Torres de la Osa

16 Avril 2026 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Récits, #Coups de coeur

Je ne sais pas si Geoff Dyer (auteur de Les derniers jours de Roger Federer et autres manières de finir / Éditions du sous-sol 2025) et Luis Torres de la Osa se connaissent, si ce n'est pas le cas je ne peux que les inciter à se rencontrer, à s'échanger leurs livres respectifs et pourquoi pas à disputer un set avant d'aller causer finitude et infinitude autour d'un verre. Je m'invite volontiers à leur table où le tennis devient (je confirme) "littérature, mélancolie et beauté du geste".

Ami lecteur, si le tennis ne t'évoque rien d'autre qu'une interminable finale de Roland-Garros un dimanche après-midi, tu trouveras peut-être matière à poésie et à philosophie dans ce texte au désordre savamment orchestré ; peut-être même l'émotion te gagnera-t-elle entre les pages 113 et 118 où se déplie une véritable ode à la terre battue. Mais si tu es toi-même pratiquant, spectateur passionné et joueur étreint par la quête viscérale du geste parfait, alors tu traverseras ce texte avec un bonheur un peu narcissique et la jubilation de voir enfin le tennis devenir matière à littérature. 

"L'infini est le poison sublime qui se cache à l'intérieur du tennis" et l'infini est aussi ce qui sous-tend la forme de ce texte où se mêlent réflexions personnelles, aphorismes percutants, souvenirs du circuit professionnel, relation à la littérature et aux arts, questionnements existentiels. Si l'on a souvent entendu dire que "le tennis c'est la vie", l'auteur nous offre d'en faire l'expérience cognitive et sensorielle à travers ses mots et son flux de pensée ; cela passe par la tentative de saisir l'éphémère (rien n'est plus éphémère qu'un instant tennistique) et par l'exploration des limites qui viennent contrarier cette notion d'infini. Comme ce diable de tie-break (traduit par "mort subite" en espagnol) qui en rogne un peu plus le potentiel à chaque nouveau règlement. Je persiste à vouloir écouter Geoff Dyer et Luis Torres de la Osa échanger sur le sujet. Ni l'un ni l'autre ne sera en peine d'anecdote, leur amour de Federer et de l'esthétisme symbolisé par la perfection du revers à une main pourrait même les pousser au lyrisme. L'auteur, en tant que grand espoir du tennis espagnol a côtoyé ceux qui ont écrit l'histoire de ce sport avant de renoncer très tôt à une carrière professionnelle ; il en garde une certaine mélancolie qu'il parvient à transcender par l'écriture.

Personnellement, je me suis régalée et pas seulement avec ce passage même si celui qui écrit ça ne peut pas être mauvais : "Lolita est sans conteste l'un des romans majeurs du XXème siècle. Lolita est, pour ainsi dire, à la littérature ce que John McEnroe fut au tennis du XXème siècle : une fulgurance dorée, une force hors du commun qui a tout bousculé, un mouvement tellurique qui a changé la trajectoire de son art". Comme on peut le voir, on navigue en bonne compagnie, Nabokov mais également Zweig, Foster Wallace ou Tolstoï ont tous un rapport avec le tennis et ce n'est pas le moindre intérêt de ce texte. Mais je salue surtout l'exercice littéraire qui parvient à restituer la profondeur des questionnements qui nous traversent tous par le geste artistique. Oui, il y a des parties que l'on aimerait ne jamais voir finir et pourtant "Nous disparaîtrons tous comme ont disparu les balles blanches". Jeu, set et match.

"Du revers" - Luis Torres de la Osa - Métailié - 304 pages (traduit de l'espagnol par Delphine Valentin) 

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V
J'aime bien le tennis mais pas au point d'acheter un livre dessus. Mais, on ne sait jamais, au détour d'une rangée de bibliothèque...
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N
Il faut quelques affinités tennistiques pour l'apprécier même s'il déborde largement du court...
K
Faut aimer le tennis? Là c'est raide. Sinon, on ne sait jamais, je peux emprunter ...(mais rien encore en bibli)
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N
Faut aimer un peu quand même, pas besoin d'être pro mais au moins être sensible à la beauté du jeu... L'auteur utilise les références tennistiques pour aborder plein de thèmes.
C
En voyant apparaître ce titre sur mon "agrégateur" , je me suis doutée de qui l'avait lu !
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N
Ha ha... effectivement quand on me connaît un peu, je suis la lectrice idéale pour ce texte :-)
A
Tu parles très bien de ce livre mais il faut bien faire des choix alors je crois que je vais passer.
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N
Disons que c'est le livre parfait pour les amoureux de la littérature ET du tennis, ce qui réduit fortement le public potentiel...