Caledonian Road - Andrew O'Hagan
12 Août 2026 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans
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"Construit avec ingéniosité, férocité et humour, Caledonian Road est une fresque de la société britannique contemporaine dont le décor, Londres, montre les mille et une facettes du pouvoir, de l'argent, de l'art et des laissés-pour-compte..." Avec une telle présentation de l'éditeur je sais depuis sa sortie que ce roman a tous les ingrédients pour me plaire. Mais comme je n'ai pas vraiment adhéré au précédent de l'auteur, Les éphémères, je ne me suis pas précipitée. Bien m'en a pris car il faut du temps et du confort (l'objet est encombrant) pour le savourer à sa juste valeur.
Pas de suspense, la promesse de la 4ème de couverture est tenue, c'est féroce, drôle, d'une acuité un poil désespérée (il y a de quoi). Quatre saisons dans le vie de Campbell Flynn, 52 ans, historien de l'art, écrivain et universitaire ; l'homme semble être en pleine réussite, un récent ouvrage à succès, un cours de "récits culturels" très couru, des conférences, un mariage heureux... Pourtant, des fissures apparaissent un peu partout, petits tracas puis gros bug. Peut-être n'aurait-il pas dû se lancer dans la publication d'un livre de développement personnel dans l'espoir d'améliorer sa situation financière ? Peut-être devrait-il faire preuve de plus de lucidité sur ses vieux amis ? Ou sur les nouveaux ? Pourquoi se prend-il d'amitié pour Milo, un de ses étudiants dont le savoir-faire en informatique le fascine ? Connaît-il ses motivations ? Nous oui. Nous lecteurs savons que Milo est un hacker fâché et désireux de régler ses comptes avec un système anglais qu'il juge hypocrite, raciste, injuste et dont il travaille à démasquer quelques acteurs toxiques. Or Campbell Flynn en est entouré, même s'il refuse de le voir. "Nous sommes ceux que nous connaissons" lui écrit un jour Milo, et "Campbell trouva que c'était une bonne vanne"... Ah Campbell... Autour de lui et jusque dans sa propre famille, sans que lui-même soit impliqué, des politiques magouilleurs, des financiers sans scrupules, de l'argent sale, des oligarques russes, des trafics dégueulasses et beaucoup d'impunité. Dans le Londres post Brexit, l'argent emprunte des autoroutes sans limites avec la bénédiction des dirigeants. Milo s'emploie à aiguiller une journaliste sur les bonnes pistes, déterre des scandales, démasque des profiteurs mais il semble que certains privilèges soient indéboulonnables.
Andrew O'Hagan anime avec brio les multiples personnages de cette comédie humaine dont le sens semble de plus en plus absent pour ses acteurs. De chaque côté de la Caledonian Road des réalités, des vies et des mondes différents ; lorsque Milo s'introduit dans l'intimité de Flynn, il agit comme un virus qui fait bugger son hôte. Le résultat est spectaculaire, une vraie performance artistique. Il y a de nombreux moments très savoureux dans ce roman dont la tonalité so british rehausse le goût. Le personnage d'Emily, comtesse de Paxford et belle-mère de Campbell est irrésistible, on imagine la Maggie Smith de Downton Abbey dans son rôle. Caledonian Road n'est pas un roman qui réconcilie avec l'espèce humaine ou donne de l'espoir en l'avenir mais c'est une démonstration féroce et implacable des réalités de nos sociétés contemporaines. De quoi faire vriller l'idéaliste le plus pur, n'est-ce pas Campbell ?
"Caledonian Road" - Andrew O'Hagan - Métailié - 648 pages (traduit de l'anglais (Écosse) par Céline Schwaller)
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