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Daniel Deronda - George Eliot

3 Août 2026 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans, #Coups de coeur

Dernier roman de George Eliot publié en 1876, Daniel Deronda m'a fait l'effet du somptueux bouquet final d'un formidable feu d'artifice. Remarquable dans l'expression des codes du roman victorien et pourtant audacieux dans le choix de ses thématiques et dans sa forme. Un cocktail détonnant. Malgré son succès il a aussi dérouté bon nombre de lecteurs : contrairement au célèbre et célébré Middlemarch ancré dans le microcosme provincial anglais, Daniel Deronda est largement ouvert sur le monde et semble inviter les  britanniques - fortement et diversement représentés dans le roman - à élargir leur horizon et ouvrir leur esprit. Pour moi c'est l'autre grand roman de George Eliot.

J'ai pris une plaisir infini à m'immerger dans ce texte, autant pour son intrigue passionnante que pour la finesse de l'exploration psychologique voire philosophique proposée par l'autrice. La préface d'Alain Jumeau (à lire plutôt après) apporte un éclairage parfait sur la contextualisation, les choix d'Eliot ou ses innovations en termes de structure ou de contenu, mais le mieux est de se laisser porter par la plume d'une autrice en pleine maitrise de son art.

Daniel Deronda est un jeune homme élevé dans la plus pure tradition britannique par Sir Mallinger ; bien qu'ignorant ses origines, il est persuadé d'être le fils naturel de son bienfaiteur. Eliot en fait un personnage très attirant, aimable, attentif aux autres, curieux et respectueux. Mais hésitant quant à son avenir tant sur le plan professionnel que sentimental. Son cœur et son esprit hésitent entre deux figures féminines très différentes, la blonde Gwendolen, anglaise jusqu'au bout des ongles et la brune Mirah, jeune juive déjà très éprouvée par la vie. L'autrice n'hésite pas à bousculer la chronologie pour nous faire saisir toutes les subtilités des parcours de ces trois personnages essentiels, leurs peurs, leurs drames et leurs espérances. Un quatrième personnage irrigue la seconde partie du roman, le frère de Mirah, Mordecaï, désireux de transmettre à Deronda l'essence de sa culture juive, de ses réflexions et de ses ambitions, comme s'il avait reconnu en lui un frère. L'histoire bien sûr lui donnera raison et George Eliot peut ainsi faire de Deronda, enfin éclairé sur sa famille, un passeur entre deux mondes.

C'est sans doute ce qui fait de Daniel Deronda un roman si unique. L'autrice s'est plongée dans un univers tout à fait nouveau pour elle, découvert au fil de ses recherches autour de la religion (on sait à quel point elle s'y intéresse intellectuellement) et elle le dépeint avec toutes les nuances dont elle a déjà fait preuve lorsqu'il s'agit d'ausculter le microcosme anglais. Non seulement elle nous tient en haleine du début à la fin, passant d'un milieu à un autre et nourrissant sans cesse son intrigue mais elle nous offre une matière à réflexion totalement inédite pour l'époque. C'est d'une richesse remarquable et d'une acuité réjouissante dans la peinture d'une société cosmopolite dont elle pointe les contrastes et bouscule les a priori. Et surtout, Daniel Deronda, précurseur dans bien des domaines se révèle être un roman à la portée hautement universelle. Sa modernité fait de sa découverte 150 ans plus tard un total bonheur de lecture. George Eliot nous aura ainsi gardé le meilleur pour la fin : une masterclass ! 

"Daniel Deronda" - George Eliot - Folio - 2 tomes de 564 et 580 pages (mais on aimerait bien continuer...) - Traduit de l'anglais par Alain Jumeau

 

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