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Mademoiselle Merquem - George Sand

28 Juillet 2026 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Paru en 1868, Mademoiselle Merquem est l'un des derniers romans de George Sand et l'un des moins connus. L'autrice déploie son intrigue en Normandie, près d'un village (fictif) de pêcheurs situé entre Fécamp et Yvetot, pour lequel elle s'est inspirée de visites dans la région et des conseils de Flaubert (d'après leur correspondance). J'ai d'ailleurs été charmée par ses descriptions des paysages, de la végétation et des maisons dont elle compose des tableaux admiratifs.

Comme pour Mauprat, le récit est à la première personne. La parole est à Armand, prié par sa tante Mme du Blossay de la rejoindre en Normandie où elle vient de s'établir avec sa fille, Erneste. Il s'y rend avec l'empressement de son affection pour cette tante qui lui a servi de mère et la crainte des projets de mariage qu'elle peaufine à son égard. C'est ainsi qu'il va faire la connaissance de Célie Merquem, "vieille" fille de trente ans dont les choix de vie intriguent. La jeune femme repousse toute idée de mariage y compris avec un voisin extrêmement persévérant, et entend poursuivre l'influence bénéfique de son grand-père sur tout le village dont les habitants la vénèrent. Bien sûr, Armand tombe amoureux, les obstacles sont nombreux, parfois mystérieux ou rocambolesques (l'imaginaire romantique tourne à plein) et l'on se demande si ces deux êtres si peu enclins à se marier vont finir par rentrer dans le rang.

Il y a de nombreux intérêts à lire ce roman. D'abord le personnage de Célie Merquem, sa liberté, sa soif d'apprendre et son engagement envers une communauté qui dépend d'elle, jusqu'à prendre part à des sauvetages en mer habillée en marin. Une héroïne très éloignée de l'Indiana des débuts. Ensuite, la communauté de ce village de pêcheurs, instaurée par le grand-père de Célie (un amiral) et régie par des règles de bienveillance et d'équité qui figurent une sorte d'utopie dans le chaos du monde. Un idéal de préservation des modes de vie et des ressources, nourri par une éducation appropriée (sciences, botanique...) et source d'un bonheur simple sur lequel la "châtelaine" veille avec la tendresse et la générosité d'une marraine éprise de justice. C'est la véritable curiosité de ce roman aux accents écologiques jusque dans l'inspirant dernier paragraphe. J'ai néanmoins été quelque peu désappointée par la trajectoire amoureuse de Célie prête à céder au principe de la possession induite par le mariage dès lors qu'elle rend les armes ; j'avais encore en tête l'exemple d'Esther, l'héroïne de George Eliot dans Felix Holt (paru deux ans avant) dont l'idéal égalitaire dans le couple préside aux choix et au renoncement jusqu'au bout. Minuscule désagrément en regard du plaisir de lecture et de compagnonnage avec un petit monde original et révélateur des multiples facettes de la personnalité de Sand. Dont les talents s'expriment aussi graphiquement à travers la couverture qui emprunte une de ses œuvres.

"Mademoiselle Merquem" - George Sand - Babel - 326 pages 

 

   

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