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La piqûre d'abeille - Paul Murray

27 Août 2026 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans, #Coups de coeur

Quelle maîtrise ! Quel plaisir de se faire torturer par un tel romancier ! Je ne connaissais pas Paul Murray, le hasard du Prix du Roman Fnac a orchestré la rencontre et je me suis délectée des méandres des problèmes de la famille Barnes.

Toutes les familles sont malheureuses, c'est bien connu, mais toutes leurs histoires ne sont pas si bien racontées. Celle-ci débute de façon assez classique par un tour d'horizon des membres qui composent la famille Barnes : Dickie, le père a repris l'entreprise familiale, un garage automobile dont l'activité est durement impactée par la crise économique ; Imelda, la mère vit très mal ce changement de niveau de vie et de statut. Cass, en dernière année de lycée est à l'âge où les questions se bousculent tandis que P.J son jeune frère ne pense qu'aux cibles écureuils de ses jeux vidéo. Rien de bien original à première vue... Oui, mais. L'auteur nous alerte une première fois lorsque Cass interroge sa professeur de lettres sur la nécessité d'enseigner à des adolescents les terribles problèmes de Sylvia Plath : "Nous sommes tous ce genre de personne, répliqua Miss Grehan. Nous avons tous des problèmes. Mais au lieu d'affronter la vérité nous nous voilons la face. Nous essayons de nous conformer à ce que les autres attendent de nous. Toutes les horreurs qui se produisent partout dans le monde sont souvent causées par des gens qui font semblant d'être ce qu'ils ne sont pas". Nous sommes alors page 38 et lorsque nous arriverons à la fin du livre nous repenserons à cette mise en garde et à tous les petits indices glissés au fil du texte par le diabolique Paul Murray.

Car son étau est implacable qui puise son matériau tragi-comique dans l'esprit de chacun des protagonistes, fouille, remonte le temps, explore les failles, les mensonges, les erreurs de jugement... tout ce qui conduit à l'inextricable situation en train de s'écrire sous nos yeux impuissants. Mais pas seulement. Paul Murray inscrit son roman dans son époque. Celle des incertitudes sur l'avenir, celle des difficiles prises de conscience environnementales, celle des peurs face à la multiplicité des dangers. Pourtant, le plus grand danger pour eux-mêmes est sans doute l'isolement des membres de cette famille ; chacun avance dans son couloir avec ses fausses certitudes et la curieuse manie d'ignorer les incidences de ses actes sur son entourage. Au fil des pages, le sentiment que tout ça va mal finir se fait plus pressant, mais nous ne sommes absolument pas préparés à l'incroyable final que nous concocte l'auteur. Qui laisse K.O debout. Du très grand art pour un texte à la férocité subtile dont les multiples facettes et la méticuleuse construction invitent à une relecture gourmande.

"La piqûre d'abeille" - Paul Murray - Albin Michel - 680 pages (traduit de l'anglais (Irlande) par Pierre Demarty ))

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V
Encore un beau bébé. Sauf erreur de ma part, il a eu beaucoup de succès dans le monde anglosaxon alors qu'on en entend peu parler en cette rentrée littéraire française (bon il est vrai qu'elle commence seulement). Il faut dire qu'il y a du lourd aussi à côté.
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N
Effectivement le roman est arrivé en France avec plein de superlatifs de la part des anglo-saxons et même quelques prix littéraires ; on en parle un peu dans la presse, j'ai vu passer deux ou trois articles même si tout le monde est focalisé sur Laura Kasischke ;-)
A
C'est un pavé mais ton billet donne envie. A voir si le livre est dispo à la bibli
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N
Un beau bébé, oui, en ce moment il me faut du dodu bien immersif et là, bonne pioche :-)
K
Ta chronique m’a piquée telle une abeille Nicole. Tu es tjrs aussi douée et tu manies l´art des chroniques avec un Je ne sais quoi absolument irrésistible !
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N
Ça me fait plaisir de te voir par-ici chère Karine 😊 Lu en juin donc j'ai eu le temps de maturer et de m'apercevoir à quel point cette lecture m'avait séduite, pas juste sur le moment.
D
Eh bien, quel enthousiasme ! Voici qui est bien tentant. Ma PAL n'en finit pas de monter... ce qui est bien normal en cette saison ;-)
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N
Oui, comme je l'ai lu en juin je peux dire que c'est l'une de mes lectures préférées de la rentrée à ce jour (avec Cipango)
C
Aïe, un pavé ! J'aurais pu être intéressée, mais la longueur me le fait reporter à plus tard.<br /> PS Jolie couverture, un tableau de Matisse qui est au Musée des Beaux-arts de Lyon.
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N
Un bon gros roman bien immersif, oui :-) Cet été je les ai enchaînés j'avais besoin de "dodu".<br /> Je crois que la rentrée Albin Michel est habillée de la même façon, c'est vrai que c'est plutôt gai en cette période pas forcément folichonne.
E
cela a l'air très bien mené!
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N
C'est en effet mené de main de maître !