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Indésirable - Erwan Larher

18 Mars 2021 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Sam Zabriski traverse le premier chapitre du nouveau roman d'Erwan Larher sans que l'on sache si c'est un homme ou une femme. Par réflexe, je l'ai imaginé homme. Puis, arrivée au troisième chapitre, je suis allée relire le premier pour vérifier et obtenir confirmation : à aucun moment le genre de Sam n'apparaît, une jolie prouesse d'écriture. Par la suite, nous apprendrons que Sam est neutre. Ni homme ni femme. Nous devrons nous adapter aux drôles d'articles et autres terminaisons grammaticales inventées pour permettre à ce genre neutre d'exister. Un peu ahuris, incrédules. Sourire sarcastique au coin des lèvres. Neutre ? Nan mais qu'est-ce qu'il ne va pas nous inventer... Il a fumé la moquette ou quoi ? Neutre, ça n'existe pas ! Et pourtant, Sam débarque bien dans le village de Saint-Airy, en plein cœur de cette France rurale qui oscille entre préservation des vieilles pierres témoins de son riche passé historique et nécessaire adaptation à la vie moderne. Les habitants sont bien moins accueillants que les lecteurs habitués aux facéties de l'écrivain et aux libertés offertes par la fiction, non les habitants ne rigolent pas, étranger et neutre, ça ne colle pas bien avec l'image qu'ils se font de la normalité d'une vie bien tranquille. Peu importe, Sam a l'habitude. Sam se méfie des humains. La chaleur, ce sont les vieilles pierres qui la lui apportent. Et justement, dans le bourg de Saint-Airy c'est le coup de foudre pour celle que l'on appelle La maison du disparu. Sam la ressent au plus profond de son corps, Sam la veut, Sam l'achète, Sam s'installe. Et Sam emmerde pas mal de monde.

Dans ce roman étrange et protéiforme, Erwan Larher fait de Saint-Airy une sorte de laboratoire d'étude de la société française et même de la communauté humaine. Sam est le corps étranger qui vient perturber les petites affaires du clan du pouvoir, un être  sans passé, mystérieux et différent. Autour de lui vont se cristalliser toutes les haines, les convoitises et autres intolérances. Mais son arrivée va également influencer les initiatives, donner à certains le courage d'entreprendre et de changer les choses. Ce qui offre à l'auteur l'occasion de développer pas mal de thèmes sociétaux et politiques tout en s'appuyant sur des personnages et une intrigue à haut pouvoir romanesque qui flirte parfois avec le fantastique. Sam Zabriski a des accents du Nicholaï Hel de Trevanian, toutes proportions gardées. Sam est peut-être de ceux qui fuient, comme le fameux Jo qui se cache pas très loin de là (voir Pourquoi les hommes fuient ?), les mafieux ne sont pas l'apanage des grandes villes et les murs de pierres multi centenaires sont de parfaits abris pour les trafiquants en tous genres. Il y a les apparences, celles et ceux qui vont au-delà et les autres. Et dans ce texte foisonnant à la densité aussi intelligente que tourmentée il y a une profonde interrogation sur l'existence et sa réalité. Sur ce qui définit un être vivant. Un genre ? Un passé ? Une appartenance ? Des idées ? Un comportement ?

"Elle a l'impression que ça n'existe pas quelqu'un. Il y a des moments de quelqu'un, des facettes de quelqu'un, des instantanés de quelqu'un. Elle n'est jamais une, elle se sent multiple, mouvante."

Faire un bout de chemin avec Sam est une drôle d'expérience dans laquelle on retrouve avec plaisir quelques ingrédients de l'univers d'Erwan Larher en plus de croiser certains personnages de son précédent roman. A la fois nouvelle et ancrée dans une œuvre qui se construit livre après livre.  L'expérience d'un langage, d'une immersion dans un monde parallèle qui ressemble pourtant étrangement au notre. Cette expérience a quelque chose d'un peu désespéré par ce qu'elle reflète de la communauté humaine par le prisme d'un regard devant lequel semblent être passées trop de déceptions. De désillusions. Trop d'articles de journaux sur la Fête des fleurs. Sam a bien raison et je l'adore : "Il faudrait ne pouvoir vivre que des premières fois".

"Indésirable" - Erwan Larher - Quidam éditeur - 340 pages

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Delphine-Olympe 19/03/2021 22:10

Plutôt intrigant... Reste à voir si j'arriverai à lui faire une place...

Nicole Grundlinger 20/03/2021 17:44

Pour moi, la question ne se pose pas avec Erwan Larher, la place se fait comme par miracle ;-)

krol 18/03/2021 20:10

Et bien sûr je lirai aussi celui-ci puisque je lis tous ses livres ! En revanche, ma mémoire me fait défaut, et je ne suis pas sûre de retrouver des personnages du précédent...

Nicole Grundlinger 20/03/2021 17:43

Bien sûr :-)... Je pense que les personnages sont faciles à trouver si tu as bien son dernier roman en tête, tu verras.

keisha 18/03/2021 14:59

Merci! Mais oui, j'aurais dû être plus attentive (mais j'étais vraiment dans l'histoire, faut croire)
Si tu cherches Logis du musicien (par ex facebook) tu auras plein de photos avant après

keisha 18/03/2021 13:38

Tu penses bien que je scrute ton billet (le mien est prêt). Je n'ai pas retrouvé de personnages du précédent? Pourtant je suis attentive! En revanche j'ai bien vu F Rissin (voyons, tu l'as vu ^_^) et certaines descriptions de la maison sont celles du logis du musicien lors de sa découverte.
Un bon cru Larher, qui là encore demeure le même tout en étonnant son lecteur. Fan un jour fan toujours. Le talent est là.
Pour Sam, finalement, peu importe le genre, je n'avais pas remarqué avant l'utilisation de pronoms particuliers, et ne me souviens plus si je l'avais vu masculin ou féminin (peu importe, en fait)(quoique la façon de considérer la conduite?)

Nicole Grundlinger 18/03/2021 14:17

Les personnages du précédent... Il y a le fameux Jo que Sam croise, ainsi que Jane lors de sa virée dans un endroit reculé de la campagne. Et puis Faustine, la journaliste qui avait accueilli et aidé Jane sur son enquête :-). Repéré Francis bien sûr, page 16. On est complètement dans la continuité du précédent. Je ne connais pas le Logis mais j'ai bien sûr pensé à ça dans les descriptions et dans l'amour de Sam pour les vieilles pierres il y a sans doute beaucoup d'Erwan Larher... Bien, j'attends ta chronique donc.