Des inconnus à qui parler - Camille Bordas
6 Septembre 2025 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans, #Coups de coeur
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Heureusement, il y a des curieuses (surtout des femmes en effet) qui s'aventurent au-delà des mammouths qui bouchent l'horizon de la rentrée littéraire. Ce sont elles qui ont mis ce titre sur mon chemin, je les nomme : Raphaëlle Leyris (Le Monde) et surtout Julia Kerninon via sa newsletter Sur le fil qui a sacrément bien vendu le truc ; chapeau à elle, aucune tromperie sur la marchandise.
Des inconnus à qui parler est un formidable roman, un vrai roman, un roman qui avance, qui creuse un terrain à l'aide de personnages originaux avec lesquels on chemine, on sourit, on doute, on s'interroge. Un roman qui remet au goût du jour le genre du Campus novel, un roman que l'on peut poser à côté de ceux de David Lodge sans qu'il ait à en rougir. Dans ce roman le campus se situe à Chicago et on y étudie le stand-up (ne cherchez pas, dans la vraie vie ça n'existe pas). Camille Bordas nous embarque pour une journée aux côtés des étudiants du Master et de leurs enseignants qui sont aussi des pros, au moment où ils s'apprêtent à accueillir un nouvel intervenant, Manny Reinhardt, star du moment aux prises avec une polémique (c'est un métier risqué comme chacun le sait), une journée qui doit se conclure par une "battle" entre leur classe et celle d'une autre formation en improvisation.
Au fil de ma lecture, une phrase croisée dans un autre roman de la rentrée (Un monde nouveau de Jess Row dont je parlerai bientôt) s'est imposée à mon esprit : "La comédie, c'est une tragédie avec du recul, non ?" Je trouve qu'elle donne assez bien le ton de ce roman qui n'a rien de gaguesque et offre en permanence matière à penser. Car en entrant dans le fil de conscience de ses personnages, Camille Bordas explore les ressorts de la création quand elle se nourrit du vécu. Et bien plus que cela. En rattachant ce Master au Département Littérature de l'université, l'autrice s'empêche de se cantonner à un attendu (mais finement traité) "peut-on rire de tout ?" pour élargir son champ de réflexion à la mécanique et aux raisons d'être de l'écriture au sens large ; elle le fait avec une intelligence réjouissante et particulièrement immersive au point que le lecteur finit par embrasser entièrement l'impression portée par l'une des protagonistes qui "ne savait jamais vraiment si elle vivait quelque chose ou si elle était en train de l'écrire".
C'est le genre de roman qui termine hérissé de post-it soulignant des séquences particulièrement bien vues ou des pensées sur lesquelles on s'arrête en pensant "mais oui...". C'est un vrai roman et c'est épatant du début à la fin. Et même au-delà.
"Des inconnus à qui parler" - Camille Bordas - Denoël - 440 pages
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