Revers - Daniel Arsand
17 Juillet 2026 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans
/image%2F0757919%2F20260707%2Fob_fb6cd6_revers.jpg)
Le revers de Bill Tilden (1893-1953) est indissociable de sa légende. Numéro 1 mondial dans les années 1920, il fut longtemps considéré comme l'un des plus grands joueurs de tennis au monde avant que l'ère open et d'autres légendes ne recouvrent son souvenir. David Foster Wallace ne s'y est pas trompé, le fantôme de Tilden hante les pages de L'Infinie comédie. Elégant, athlétique, celui que l'on surnommait Big Bill était une référence autant pour l'intelligence de son jeu que pour son fair-play. Voilà pour la lumière.
Ce qui fascine Daniel Arsand ce sont les ombres, le revers de la médaille et les revers de fortune de celui qui fut aussi à l'aise avec une plume en tant que chroniqueur sportif. Il saisit donc Bill Tilden au crépuscule, quelques jours avant son décès soudain d'une crise cardiaque à 60 ans. Ruiné, l'ancien champion adulé, ami des plus grandes stars hollywoodiennes est désormais un paria, obligé de jouer les parasites pour se nourrir, se raccrochant à la mémoire de sa gloire. Deux procès et une condamnation l'ont mis au ban de la société. Son goût pour les jeunes garçons, inexcusable. Son séjour dans l'Allemagne nazie pour entraîner l'équipe nationale avait déjà entaché sa réputation. On comprend.
La trajectoire de Tilden pourrait être celle d'un héros de Fitzgerald, depuis son enfance au sein d'une riche et rigide famille de Philadelphie jusqu'à sa mort solitaire à Los Angeles. Daniel Arsand se glisse dans un esprit qui navigue parmi les réminiscences de succès et de paillettes, la souffrance d'un corps tiraillé entre sa représentation virile d'un sport qu'il a contribué (paradoxe) à tirer de son image efféminée et ses envies coupables, le besoin d'échapper à une réalité trop crue. De rares soutiens parmi lesquels Chaplin (lui-même en froid avec les Etats-Unis pour d'autres raisons), peu de sourires et beaucoup de dégoût parmi ses interlocuteurs. L'auteur se fraye un chemin, cherche à capter les différents états d'esprit de Tilden, artiste aux deux visages qui en rappelle d'autres, bien sûr. Sa plume épouse les courbes du jeu de Tilden ; puissance et délicatesse. Sublime l’ambiguïté pour mieux faire osciller son lecteur entre nostalgie, pitié et déception face à ce gâchis. "N'as-tu pas compris qu'être Bill Tilden n'excusait rien ?" interroge-t-il. Et cette question résonne pour l'éternité.
"Revers" - Daniel Arsand - Actes Sud - 166 pages
Newsletter
Abonnez-vous pour être averti des nouveaux articles publiés.
Catégories
- 996 Romans
- 203 Coups de coeur
- 149 Polars
- 147 Récits
- 54 Nouvelles
- 48 Listes
- 36 Thématiques - Evénements
- 25 Rencontres-Salons
- 11 Un moment avec...
- 10 Parfois j'écris aussi...
- 6 BD-romans graphiques
- 5 Revues et journaux
- 3 romans
- 1 Poésie
/image%2F0757919%2F20161202%2Fob_0404d0_illustn-carre-comp-1dec16.jpg)