L'infinie comédie - David Foster Wallace
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Mais que suis-je allée faire dans cette galère ? fut une pensée récurrente (environ toutes les 100 pages) au cours d'une lecture souvent éprouvante et pourtant fascinante. Je m'y suis collée à force de m'entendre dire "toi qui aimes tant le tennis tu devrais lire L'infinie comédie" mais c'est le sublime texte de Luis Torres de la Osa, Du revers qui m'a finalement décidée. A présent je mesure d'ailleurs bien mieux à quel point son auteur a été marqué par Foster Wallace. Mais pour quelques pages très inspirées sur le tennis il faut tenir la distance de cette traversée au long cours dont les effets peuvent être très déprimants. (là je sens que je perds des lecteurs...)
Foster Wallace nous plonge dans une Amérique à peine dystopique dont les éléments et la chronologie nous sont distillés en cours de route (compter 500 pages dans le flou avant de cerner le truc et comprendre notamment pourquoi les années sont désormais sponsorisées par des grandes marques) ; l'intrigue (ou ce qui en tient lieu) s'organise en trois lieux : une Académie de tennis (genre sport-études) dans la banlieue de Boston où une centaine d'adolescents se tirent la bourre, un centre de désintoxication dans le même périmètre qui abrite des histoires plus dramatiques les unes que les autres et enfin un rocher isolé dans le désert d'Arizona où se tiennent des conciliabules secrets entre les représentants de deux gouvernements alliés. Ces deux-là sont obsédés par une quête : mette la main sur l'original d'un film baptisé L'infinie comédie dont le visionnage provoque une addiction mortelle (ça je vous le dis mais en principe il faut plusieurs centaines de pages pour le comprendre). Foster Wallace développe ses thèmes et ses personnages à l'infini, dévoilant leurs liens avec parcimonie, multipliant digressions et notes (200 pages de notes initialement de bas de page mais renvoyées en fin de volume, qui digressent elles aussi) donnant l'impression qu'on ne s'en sortira jamais. Mais surtout, ce qu'il étire à l'infini c'est le vide qui s'est installé dans les vies et les esprits d'individus bousillés par la violence, par la bêtise et par le manque de sens. Leurs seules béquilles semblent être les cartouches de divertissement (nouvelles versions des vidéos) et les drogues.
L'auteur étrille ainsi une société américaine basée sur la consommation et la quête du divertissement idéal avec une férocité et un pessimisme assumés. Il est beaucoup question de dépression et de suicide, et au vu de l'état psychologique des graines de champions de l'académie de tennis le sport ne semble pas meilleur pour la santé mentale, contaminé par les exigences du spectacle à tout prix. Tout ceci est bien vu mais bien déprimant. Et encore, Foster Wallace a écrit ce roman (dans les années 90) puis est mort (suicidé en 2008) avant de voir comment l'IA pourrait éventuellement contribuer à son scénario.
Je suis consciente de ne pas contribuer à encourager ceux qui hésitent encore à se lancer, pourtant je suis contente d'avoir rencontré ce texte qui m'a hantée plusieurs nuits après l'avoir terminé. C'est beaucoup trop long (j'avoue, j'ai scanné pas mal de passages en diagonale), beaucoup trop barré (je n'ai pas compris tout ce que j'ai lu, entre termes techniques et dialogues lunaires) et surtout beaucoup trop désespérant. Mais c'est un texte unique en son genre et souvent visionnaire.
"L'infinie comédie" - David Foster Wallace - Points (L'Olivier) - 1488 pages (traduit de l'anglais (EU) par Francis Kerline et Charles Recoursé pour les pages de notes : travail de dingue qui explique sans doute le délai de 20 ans entre la parution aux États-Unis et la version française)
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