La colonie - Annika Norlin
11 Septembre 2025 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans
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"C'était une maison devant laquelle personne ne passait. Étonnant de constater que c'est possible. De disparaître. Je me suis demandé combien de personnes faisaient comme eux, se laisser engloutir sous la surface, disparaître complètement sans pour autant se cacher réellement".
En plein burn-out, Emelie la citadine pure et dure se laisse initier par sa voisine aux longues promenades dans la nature et décide de partir quelque temps s'isoler dans les forêts du nord. Depuis son campement à l'abri des regards, elle observe un groupe dont elle trouve le comportement bizarre ; lorsqu'ils viennent près du lac ils chantent autour d'un feu, remercient on ne sait qui à chaque bouchée avalée, dorment à la belle étoile et surtout, il émane de leurs réunions une atmosphère, une chaleur, une impression de bien-être qui intriguent fortement la jeune femme. Hippies attardés ? Secte ? Emelie prend des notes, retrouvant ses réflexes de journaliste jusqu'à ce qu'elle tombe un jour nez à nez avec Lake, le plus jeune du groupe ; la rencontre avec les autres membres suivra, bouleversante et déclencheur de prises de conscience pour chacun des protagonistes.
Mais avant cela, le lecteur sera plongé dans la genèse de ce que ses membres appellent la colonie selon un parallèle avec l'organisation des fourmis "qui ont toutes une mission dans la société. Toutes sont nécessaires. Aucune n'a besoin de tout savoir". Il apprendra à connaître Jozsef, Sara, Sagne, Aagny, Ersmo, Lake et Zakaria, retracera leurs parcours individuels jusqu'à cette grande ferme, celle d'Ersmo et sera le confident de leurs peurs, de leurs failles, de leurs douleurs les plus intimes jusqu'à embrasser les sentiments qui les traversent et comprendre leur désir vital de tenter une autre façon de vivre. L'habileté de l'autrice tient à sa façon de balayer différents angles de vue, entraînant le lecteur à sans cesse changer d'opinion. Le personnage d'Emelie joue un rôle essentiel de catalyseur, élément extérieur dont l'état d'esprit pourrait mener à adhérer au groupe à moins que l'animal social qui est en elle ne fasse de la résistance.
L'ensemble est captivant et les près de 600 pages se dévorent. Moult questions se posent au fil du récit quant à nos modes de vie, notre formatage aux injonctions sociétales, nos aspirations parfois utopiques, notre rapport à autrui. C'est sans doute sur ce dernier point que l'autrice excelle grâce à la finesse de son approche qui s'attache à chaque individu autant qu'à l'effet du groupe sur lui. A l'avancée palpitante de l'intrigue se greffe une profondeur des plus stimulantes. J'ai adoré.
"La colonie" - Annika Norlin - La peuplade - 568 pages (traduit du suédois par Isabelle Chéreau)
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