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Nos héritages - Anna Hope

5 Février 2026 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Peut-on s'engager pour un avenir meilleur sans regarder le passé en face ? Vaste question que choisit d'explorer Anna Hope dans son cinquième roman par le prisme d'un microcosme représentatif de la culture britannique : le manoir anglais, ses terres et ses longues lignées d'héritiers. Ces endroits à l'architecture inspirée des temples grecs où les portraits des ancêtres ont été peints par Reynolds et Sargent. Le passé est l'une des obsessions de l'autrice qui excelle à mettre au jour les fragilités voire la pourriture des fondations sur lesquelles se déploient nos sociétés et nos modes de vie modernes.

La famille Brooke réunie dans la vaste propriété du Sussex à l'occasion des funérailles de Philip, le patriarche, ne va pas échapper à la détermination d'Anna Hope. Il faut dire que ses membres ne respirent pas le bonheur ; Grace, l'épouse de Philip éprouve un réel soulagement à l'enterrer, Milo et Isa les benjamins de la fratrie ont fui le lieu dès qu'ils ont pu. Seule Frannie, l'aînée et héritière est revenue au domaine et a réussi à tisser un lien avec son père au cours des dix dernières années autour d'un projet écologique d'envergure. Chacun à sa manière se sent à la fois attaché et prisonnier de l'endroit, et cette réunion va raviver souvenirs et blessures. Jusqu'à ce qu'une universitaire invitée ne bouleverse toutes les perspectives par des révélations sur les origines de la fortune des Brooke et la construction du manoir.

Toute comparaison entre ce roman et les séries Succession ou Downton Abbey comme j'ai pu le lire n'a aucun sens. Le propos d'Anna Hope dépasse largement les affaires de famille (bien corsées néanmoins mais traitées avec beaucoup de nuances) pour englober les grands enjeux liés à l'environnement et à la transmission. Les questions posées dans Le Rocher blanc n'ont pas disparu, bien au contraire. Au cours des quelques jours de l'intrigue chacun des personnages va être porteur des grands marqueurs de nos sociétés - l'argent, le pouvoir, la propriété - et se débattre avec ses doutes, ses regrets, ses peurs et sa conscience. En cheffe d'orchestre attentive, Anna Hope pousse ses personnages dans leurs retranchements et explore des chemins de consolation. Qui passent par la prise de conscience du poids des siècles passés dont on hérite avec la terre. Que faire de ce passé, sur le plan des douleurs intimes comme sur celui des taches historiques ? C'est toute la complexité de la condition humaine illustrée par les différentes voix et générations de ce roman qui nous laisse en plein questionnement mais tournés vers l'avenir, espoir et peur mêlés. Une pierre de plus à l'édifice patiemment érigé par la romancière dans sa quête d'une meilleure compréhension du monde.

"Nos héritages" - Anna Hope - Gallimard - 446 pages (traduit de l'anglais par Marguerite Capelle) 

 

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D
Je n'ai toujours pas découvert cette auteure. Ce n'est pourtant pas faute de lire tes commentaires enthousiastes !
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N
Oui, je la lis depuis le tout début et c'est parti pour un long compagnonnage, comme souvent avec les british 😉
A
Il me semble que j'avais apprécié Le Rocher blanc mais que je l'avais trouvé trop singulier pour avoir envie de poursuivre avec l'autrice.
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N
Ce livre était très singulier en effet, n'hésite pas à goûter un autre échantillon plus classique, comme ce petit dernier ou ses précédents.
C
Merci de ce billet, tu me rappelles qu'il faut que je continue à lire cette autrice. J'ai bien aimé Nos espérances et Le chagrin des vivants, bien qu'u peu moins intéressant à mon avis.
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N
Ah moi je reste très attachée au Chagrin des vivants, son premier que j'avais vraiment beaucoup aimé et c'est un plaisir de suivre son parcours depuis. Nos espérances est sans doute celui qui m'a le moins marquée, sans doute plus classique. Le Rocher blanc a déstabilisé pas mal de monde par sa complexité et sa construction mais je l'ai trouvé particulièrement intelligent. Je pense que celui-ci devrait retrouver un public beaucoup plus large car ses différentes facettes peuvent satisfaire plusieurs types de lecteurs.
I
J'ai beaucoup aimé les deux titres que j'ai lus de cette auteure, La salle de bal et Le chagrin des vivants. Il faudrait que j'y revienne...
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N
Ils sont parmi mes préférés et je pense que tu devrais apprécier celui-ci alors :-)