Départ(s) - Julian Barnes
13 Mars 2026 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans
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Dans ma longue vie de lectrice, c'est la première fois qu'un auteur que j'adore et suis depuis plusieurs décennies prend le temps d'écrire un livre pour me dire au revoir. Peut-on faire plus élégant ? Ce (dernier) livre est du pur Julian Barnes, une toute dernière balade avec son lecteur, comme cheminant côte à côte dans les allées d'un parc londonien entre fausse nostalgie et vraie malice. S'interrogeant sur la mémoire et ses mystères, les récits alimentés par les vrais faux souvenirs, le temps et les limites qui se rapprochent. L'amour, of course. D'ailleurs, le narrateur a une dernière histoire à nous raconter, celle d'un couple d'amis dont il avait pourtant promis de ne jamais parler dans un livre, voilà qui fait sourire. Du pur Julian Barnes. La mort a toujours été un sujet chez Barnes, sans jamais en faire un drame même lorsqu'elle l'a cerné de très près dans sa vie personnelle ; ces dernières années, il l'apprivoise un peu plus depuis qu'on lui a diagnostiqué un cancer du sang "pas curable, mais gérable". "Eh bien, comme... la vie elle-même, non ?" réagit-il en digne représentant du flegme britannique.
Ce dernier livre (vraiment le dernier ?), il est presque impossible d'en dire des généralités. Chaque lecteur le recevra selon sa propre relation avec l'auteur. La mienne s'est construite pendant 40 ans à travers de multiples facette selon les époques et selon certains échos très personnels qui l'ont rendue très particulière. Barnes, c'est la rencontre de la quintessence de l'ironie anglaise et de la francophilie, de l'humour et de l'érudition, l'exploration permanente de la porosité entre réalité et imagination, et le brio des passerelles temporelles. C'est une œuvre unique qu'il sera aussi délicieux que réconfortant de relire si celui-ci est vraiment le dernier. D'ailleurs, lui aussi mérite plusieurs lectures pour en savourer toutes les subtilités.
Dans une très belle chronique pour le Nouvel Obs, Didier Jacob dit de Barnes qu'il est le "séducteur ultime, le Paul Newman de la littérature anglaise". C'est bien vu. Comme en témoigne le dernier paragraphe de Départ(s), élégant jusqu'à la dernière note. See you soon, mister Barnes.
"Départ(s)" - Julian Barnes - Stock/La Cosmopolite - 240 pages (traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin)
NB : amusant de le voir retrouver pour cette dernière danse l'éditeur de ses débuts en France après avoir publié chez Denoël puis au Mercure de France.
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