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Un mirage finlandais - Kjell Westö

8 Février 2016 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Un mirage finlandais - Kjell Westö

La littérature nordique m'a toujours attirée mais je crois bien que c'est mon premier roman finlandais. Un pays que je connais très mal tant d'un point de vue géographique qu'historique. Tant mieux, car je me suis plongée avec intérêt dans cette histoire dont l'intrigue se situe en 1938, période Ô combien troublée et complexe, dans un pays qui se remet à peine de la guerre civile ayant abouti à son indépendance et fait face aux menaces d'expansion d'un Hitler dont il n'est séparé que des pays baltes.

A Helsinki, en 1938, Claes Thune est avocat et membre avec quatre de ses anciens camarades de classe de ce qu'ils ont baptisé "Le Club du mercredi" et où ils se retrouvent régulièrement pour discuter de l'état du monde. Matilda Wiik, sa nouvelle secrétaire est une femme assez secrète et solitaire avec laquelle il établit une relation professionnelle courtoise et presque amicale. Sans toutefois remarquer son trouble lorsque la voix de l'un des participants au Club du mercredi la projette soudain vingt ans en arrière et lui fait revivre des terribles souvenirs. Tandis que Claes Thune se débat entre ses échecs personnels (sa femme l'a quitté pour l'un de ses amis) et sa peur face à la montée des nationalismes en Europe, Matilda voit le subtil équilibre qu'elle avait réussi à construire menacé par un fort désir de vengeance envers celui que l'on appelait Le Capitaine, porteur de la voix qu'elle a identifiée parmi les membres du Club. Un matin, alerté par son retard inhabituel, Claes Thune se précipite chez Mme Wiik, bien loin de se douter de la révélation qui l'attend.

Kjell Westö prend vraiment son temps pour faire avancer l'intrigue comme si cette histoire de vengeance n'était qu'un prétexte pour raconter une période, un pays pris entre plusieurs feux à l'aube d'autres bouleversements partout en Europe. L'occasion de se replonger dans l'histoire perturbée de la Finlande, territoire constamment tiraillé entre la Suède et la Russie et qui doit son indépendance à la fin de la Grande Guerre au soutien de l'Allemagne qui voulait éloigner les révolutionnaires russes. Toutes ces influences sont parfaitement rendues dans le roman et c'est d'ailleurs son principal intérêt ; la toute jeune société finlandaise oscille entre les suédophones de langue suédoise et culturellement proches de ce pays et les partisans d'un nationalisme exacerbé par les discours d'Hitler qu'ils prennent en exemple. Les discussions du Club du mercredi permettent de donner une vision assez nette des courants de pensée qui s'affrontent, sur fond de montée galopante de l'antisémitisme. Quant au personnage de Matilda, dont la personnalité n'est pas double mais triple, il permet d'explorer ce qui demeure une tache indélébile dans l'histoire finlandaise à savoir les camps d'internement des battus de la guerre civile, ceux que l'on appelait les Rouges, soutenus par les russes. Des camps qui n'avaient rien à envier à ceux que l'on peut rencontrer en Russie ou ailleurs, et d'où Matilda est sortie logiquement traumatisée.

Une lecture qui m'a beaucoup intéressée même si le style ne m'a pas emportée et si la façon de faire monter le suspense m'a parfois semblé un peu grossière. Je l'ai plus ressentie comme un témoignage sur une époque clé et la découverte de l'histoire d'un pays plutôt qu'un véritable roman. Disons que l'intrigue est passée au second plan et je me demande si ce n'était pas exactement le but recherché.

De l'intérêt plus que du plaisir... mais sans aucun regret.

"Un mirage finlandais" - Kjell Westö - Autrement - 536 pages (traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud)

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Mimi21 11/03/2016 06:46

Ce sera ma prochaine lecture ...

Nicole Grundlinger 11/03/2016 13:03

Bonne lecture alors et peut-être au plaisir de lire votre ressenti ici-même après.

Delphine-Olympe 08/02/2016 19:44

"Kjell Westö prend vraiment son temps pour faire avancer l'intrigue", dis-tu. C'est le moins que l'on puisse dire ! Quant au style, je suis d'accord avec toi, il est d'une platitude absolue.
Désespérant de voir les choses démarrer, j'ai abandonné ma lecture à mi-chemin (ce qui compte tenu de la pagination n'est déjà pas si mal).
Alors c'est vrai que le fond n'est pas inintéressant ; et, comme toi, je ne connais pas la littérature finlandaise et je passe à côté d'une occasion, mais à lire ton billet, je ne regrette tout de même pas d'avoir jeté l'éponge ;-)

Nicole Grundlinger 08/02/2016 21:18

On a le fin mot de l'histoire, l'identité du Capitaine et l'explication du titre... Mais comme je le dis dans la chronique, ça passe au second plan. Mais bon, c'est le genre de lecture un peu singulière qui permet de découvrir un univers. Pas inintéressant, pas transcendant non plus.

Delphine-Olympe 08/02/2016 21:03

Et ça décolle un peu au final ?

Nicole Grundlinger 08/02/2016 20:52

Ah je comprends qu'on puisse avoir envie d'abandonner... mais j'ai eu envie de voir comment il menait sa barque jusqu'au bout.