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Numéro 11 - Jonathan Coe

17 Décembre 2016 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Lors d'une rencontre en librairie, Jonathan Coe avait expliqué qu'il aimait bien piocher dans la galerie de personnages secondaires qu'il développe dans ses histoires afin de les faire vivre dans d'autres (c'était le cas avec le héros de Expo 58, déjà brièvement croisé dans La pluie avant qu'elle tombe) et qu'il avait bien l'intention de continuer. Alors ce Numéro 11, présenté comme une suite à Testament à l'anglaise (l'un de mes premiers chocs littéraires), n'est pas vraiment une surprise sur le papier... mais se révèle être un numéro d'écrivain assez époustouflant.

Pourtant, il a failli me perdre lors du premier chapitre. Etait-ce bien du Jonathan Coe que j'étais en train de lire, ces aventures à hauteur d'enfant où le moindre événement prend une ampleur dramatique ? Les toutes jeunes Rachel et Allison confrontées aux mystères du monde des adultes vont néanmoins devenir grandes et ce début un peu poussif prendre finalement tout son sens. Car ce que livre Jonathan Coe est un travail d'orfèvre, un roman tissé comme une toile (oui, cette comparaison est bien volontaire) dans laquelle le lecteur se retrouve totalement collé. Une intrigue qui s'empare de son esprit et ne le lâche plus. Ce n'est pas une suite à Testament à l'anglaise. C'est plutôt le témoignage de ce que l'Angleterre dépeinte dans ce roman est devenue sous l'influence libérale poussée à l'extrême, sous le règne quasiment exclusif de la finance symbolisés par la famille Winshaw, dont l'ombre plane sur Numéro 11.

A commencer par ce titre. Onzième roman de l'auteur paraît-il. Mais surtout, le 11, Downing Street, résidence voisine de celle du Premier Ministre (plus connue), hébergeant le Chancelier de l'Echiquier ou Ministre chargé des finances et du Trésor. Le centre du monde ou en tout cas de celui vu par les dirigeants britanniques adeptes du libéralisme. A partir de là, les cinq parties construites autour du chiffre 11 prennent un éclairage tout à fait impactant, chaque partie venant servir le tableau grinçant que dresse Jonathan Coe. Où dominent les inégalités. Où les puissants manipulent les foules. Où les très riches creusent le sol pour agrandir leurs demeures (jusqu'à 11 niveaux en sous-sol !) et caser les salles de sport, de cinéma ou les piscines, tandis que les étudiants galèrent pour rembourser les prêts qu'ils se sont mis sur le dos, que les foules se pressent dans les banques alimentaires, que les immigrées roumaines promènent les chiens des familles aisées dans les allées des parcs. Personnages invisibles. Vraiment ?

Comme d'habitude avec l'auteur, c'est riche, c'est dense, c'est intelligent. Mais il y a ici quelque chose en plus. Une virtuosité folle, une maîtrise qui lui autorise un détachement rare dans la façon de mener sa trame en dehors des règles et des codes. C'est puissant, pertinent et méchant. Certes, ce livre peut paraître déstabilisant dans sa forme car il demande un peu de travail au lecteur. Mais surtout, il devrait amener à se poser des questions sur notre monde (La Grande-Bretagne, ce n'est pas si loin...), cette finance qui nous gouverne (tiens tiens...), ces mensonges qui inondent la sphère médiatique, cette société de l'apparence... Le miroir renvoie une image plutôt terrifiante.

Un nouveau joyau donc, qui vient enrichir mon étagère dédiée à Jonathan Coe. Gageons que l'auteur ne s'arrêtera pas en si bon chemin et que moi, je serai là pour l'accueillir, encore et toujours.

"Numéro 11" - Jonathan Coe - Gallimard - 448 pages (traduit de l'anglais par Josée Kamoun)

L'enthousiasme de Delphine donne également envie.

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Eva 18/12/2016 18:40

j'avoue avoir un peu décroché avec Jonathan Coe que je lisais beaucoup quand j'étais plus jeune, mais celui-ci me fait vraiment envie !

Nicole Grundlinger 19/12/2016 14:39

Je saute sur chacun de ses livres depuis Testament à l'anglaise et même si j'ai mes préférences, je ne suis jamais déçue. Mais j'avoue que celui-ci est vraiment excellent dans son genre !

keisha 17/12/2016 16:06

J'ignorais cette histoire de personnages secondaires repris; je suis bien sûr fan de l'auteur! ^_^

Nicole Grundlinger 17/12/2016 18:16

Il faut vraiment le savoir parce que ce n'est pas évident. Il puise plutôt dans des personnages très secondaires, à peine croisés et dont on ne se souvient pas forcément...

Delphine-Olympe 17/12/2016 12:15

Toi aussi, tu as une étagère de Jonathan Coe ? ;-)
Merci pour ton explication du 11. J'avais bien entendu cette histoire de Downing street, mais pour moi seul le 10 avait un sens...
Formidable roman, vraiment ! Et tout comme toi, je serai là pour le prochain de ce merveilleux écrivain !

Nicole Grundlinger 17/12/2016 15:10

Une étagère, oui... avec les très jolies couvertures Gallimard dans un dégradé de bleus et de verts :-)
Pour le 11, j'ai cherché parce qu'à un moment il parle d'un dîner au Numéro 11 avec le chancelier... ça m'a mis la puce à l'oreille. Bon, rendez-vous dans 2 ou 3 ans pour le prochain :-)

krol 17/12/2016 11:45

Ah retrouver Coe et ... savourer ! Je le lirai ! Je ne rate jamais un livre de cet auteur.

Nicole Grundlinger 17/12/2016 15:10

Comme je te comprends ! Disons qu'avec celui-ci, il est vraiment en grande forme.