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Une activité respectable - Julia Kerninon

8 Mars 2017 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Récits

J'ai une tendresse particulière pour la plume de Julia Kerninon, surtout depuis son deuxième roman Le dernier amour d'Attila Kiss dont on a moins parlé que l'excellent Buvard, mais qui m'a particulièrement touchée. Alors ces confessions d'une amoureuse des livres, d'une accro à l'écriture, d'une droguée aux mots... je les ai dégustées patiemment et voluptueusement, ravie de retrouver la prose fine et précise de l'auteur et surtout d'en apprendre un peu plus sur elle.

"Mes deux parents croyaient aux livres, ils croyaient à la solitude, à la vie intérieure, à la patience, à la chance, ils croyaient aux bienfaits d'une planche de bois solidement fixée dans une alcôve de ma chambre sur laquelle poser ma machine à écrire, peut-être même qu'ils aimaient le bruit que faisait la machine électrique quand elle mitraillait d'un seul coup la phrase que je venais d'inscrire dans l'écran minuscule au-dessus des touches. Dans la famille, personne n'avait jamais gagné assez d'argent pour y croire, alors ils ne croyaient pas à l'argent, ils croyaient à l'expatriation, à la poésie, à la sobriété matérielle, ils croyaient que la littérature était une activité respectable."

A peine trentenaire, Julia Kerninon a déjà toute une histoire, presque une légende. Des parents amoureux des livres mais surtout dotés d'un état d'esprit incroyablement ouvert, loin des préoccupations strictement matérielles. Des voyageurs qui ont transmis leur curiosité à leur fille. Cet environnement aurait pu lui peser, se transformer en contrainte et peut-être l'a-t-il été à un moment ou un autre. Mais il est surtout la sève qui nourrit sa passion et son ambition.

Car chez la jeune femme, tout est tourné vers l'écriture. Les jobs alimentaires destinés à engranger de quoi survivre durant de longs mois consacrés à écrire. La lecture. Les escapades en France, en Irlande, aux Etats-Unis, à Budapest. Budapest justement, ce séjour qui dévoile l'univers de la genèse du dernier amour d'Attila Kiss...

Ce court récit est un magnifique hommage à la littérature dans ce qu'elle a de plus pur, loin des aspects marketing, de l'argent qui tend inexorablement à pervertir l'art. S'adonner à cet art en tant qu'écrivain apparait comme un véritable luxe. Mais c'est pour Julia Kerninon son oxygène, son carburant, sa thérapie, sa raison d'être.

Tout amoureux des livres ne peut que vibrer à la lecture de ces quelques dizaines de pages pleines d'amour dans lesquelles l'écrivain nous livre avec une pudeur généreuse beaucoup d'elle-même. Dans l'attente (fébrile) de son prochain roman.

"Une activité respectable" - Julia Kerninon - La brune au Rouergue - 60 pages

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Eva 18/03/2017 12:43

Une auteure que je ne connais pas encore, mais je vais justement acheter ce livre cet après-midi, et nul doute qu'il sera lu très rapidement, et sans doute très apprécié, vu la thématique!

Nicole Grundlinger 18/03/2017 15:04

Il va forcément te parler ce livre, oui. Et tu vas certainement te précipiter ensuite sur ses deux romans :-)

Mimi 10/03/2017 11:33

Alors je me dois de lire ce petit bijou littéraire !

Nicole Grundlinger 10/03/2017 17:27

Mais oui !

Patrice 08/03/2017 21:44

Je ne peux qu'acquiescer en lisant ta chronique. Un formidable petit roman, une ôde à l'écriture ; j'ai également hâte de découvrir son prochain ouvrage après ces deux lectures coups de coeur.

Nicole Grundlinger 09/03/2017 16:51

Je vois que nous partageons le même enthousiasme pour la plume de Julia Kerninon... une preuve de bon goût ;-)

Noukette 08/03/2017 21:35

Attention bijou !

Nicole Grundlinger 09/03/2017 16:50

Tu as trouvé le bon mot :-)

krol 08/03/2017 18:14

J'ai lu Buvard, je crois que j'ai aimé mais je n'en ai aucun souvenir. Ce texte-là n'est donc pas un roman... ? une autobiographie ? des pensées ?

Nicole Grundlinger 08/03/2017 19:19

Un récit autobiographique, oui. Sur son rapport à l'écriture. Court mais dense.