Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
motspourmots.fr

Einstein, le sexe et moi - Olivier Liron

6 Septembre 2018 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

"C'est marrant, je parle du corps, mais j'ai l'impression que les mots ont encore plus de pouvoir que les coups, que les mots sont les coups qui ne partent jamais, les plus indélébiles, les plus violents pour le corps, justement. Je pense que le mot que j'ai entendu le plus jusqu'à mes quatorze ans est "gogol".

Oui. Et les mots, leur force, mis au service de la littérature, cela donne Einstein, le sexe et moi, deuxième roman d'Olivier Liron, autiste Asperger qui a le même âge que Novak Djokovic et un an de moins que Rafael Nadal, a du mal à comprendre le sarcasme ou l'ironie, calcule en un rien de temps le produit de 247856 par 91, aime les lasagnes et nous convie, là, comme ça, dans son monde. Pour cela, il utilise un fil rouge, sa participation il y a quelques années au fameux jeu télévisé Questions pour un champion animé par Julien Lepers. Ceux qui connaissent savent que les participants sont des puits de science, surtout animés par le désir d'avoir réponse à tout, loin des attraits pour les gains mirobolants proposés par d'autres jeux moins axés sur le savoir.

Au début, c'est surtout l'humour que l'on perçoit. L'émission et ses coulisses, l'observation des différents candidats, l'atmosphère de compétition qui anime peu à peu les protagonistes et le regard malicieux porté sur Julien Lepers contribuent à faire naitre des sourires sur les lèvres du lecteur et nous offrent des scènes vraiment cocasses. Un brin de moquerie mais aussi une bonne dose d'autodérision permettent d'installer confortablement le lecteur dans ce qu'il pense être une lecture divertissante. Et puis, peu à peu, l'émotion gagne. Parce que derrière la scène et la bataille des cerveaux, l'auteur se dévoile. Parce que chaque étape du jeu ouvre la voie à l'introspection et emmène le lecteur toujours un peu plus loin dans le monde d'Olivier Liron.

"Je me suis rempli la tête d'informations pour peupler ma solitude. Pour oublier l'essentiel, pour dompter l'absence et le chagrin. Comme si apprendre des milliers d'informations sans queue ni tête, peupler la mémoire était un réflexe de survie".

L'homme se livre, les véritables enjeux affleurent, les luttes quotidiennes depuis l'enfance aussi. Pour l'inclusion dans une société qui rejette les différences. Et toute la réussite de ce livre tient au subtil équilibre entre rire et larmes, alors qu'on est souvent si proche du déséquilibre que l'auteur rend palpable. Il dit, bien sûr, le soutien (bien plus que le soutien, le salut) puisé dans la littérature, la poésie. Les mots, donc. Qui cette fois sont une arme pour tenter de lutter contre le rejet. Et prennent la forme d'un très bel objet littéraire.

Mais je vais laisser le mot de la fin à Olivier Liron, en reprenant simplement un extrait de ses "lignes de suite" qui concluent chaque ouvrage édité par Alma d'un mot de l'auteur : "Face à la violence du monde, que peut la littérature ? Je n'ai pas la réponse. Mais l'écrivain doit faire deux choses. Ne pas mentir sur ce qu'il sait. Jamais. Et lutter de toutes ses forces contre l'exclusion. Quoi d'autre sinon cela ?"

"Einstein, le sexe et moi" - Olivier Liron - Alma - 196 pages

 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Delphine-Olympe 09/09/2018 08:55

Encore un billet très convaincant. Il faudrait que je me dépêche de le lire avant d'avoir vu passer trop de billet et d'avoir l'impression de connaître déjà ce livre. Mais là, je crois qu'il va falloir que je fasse très très vite...

Nicole Grundlinger 09/09/2018 15:26

En effet, le livre a un bon bouche à oreilles depuis cet été parmi les blogueurs. Mais franchement c'est mérité. Je n'avais pas été convaincue complètement par son premier roman (d'ailleurs pas sélectionné par les 68) mais j'avais quand même remarqué une certaine atmosphère, une singularité... Et là, je trouve qu'il y a un vrai livre dans tous les sens du terme.

leiloona 08/09/2018 09:35

Oui, subtil équilibre. Le début m'a fait peur, je te l'avoue. Le style oral (peu travaillé) m'a rebutée. J'avais peur de lire un roman peu littéraire et vite oublié. Les réminiscences apportent du souffle et une autre voix.

Nicole Grundlinger 08/09/2018 17:10

Je comprends ces appréhensions, je n'étais pas rassurée moi non plus au début mais les doutes s'effacent très vite... et tu comprends que tu tiens vraiment un truc différent.

krol 06/09/2018 22:11

Je ne suis pas fan de ce genre de textes mais tu en parles très bien.

Nicole Grundlinger 07/09/2018 14:17

Merci ! Si tu as l'occasion d'y jeter un oeil, il pourra peut-être te réconcilier avec "ce genre" de textes même si je pense qu'il est assez unique ...

zazy 06/09/2018 21:39

Ce livre a tout pour me plaire.

Nicole Grundlinger 07/09/2018 14:15

Je pense, oui :-)

Eva 06/09/2018 11:13

un livre - et un auteur - que j'ai vraiment envie de découvrir !! j'ai participé à QPUC il y a une dizaine d'années, mais je n'ai pas gagné la cagnotte :D

Nicole Grundlinger 06/09/2018 12:16

Oh c'est vrai ? Est ce que tu viens à sa soirée de lancement / dédicace jeudi prochain ? Ce serait une bonne occasion d'échanger sur vos expériences respectives :-)

claire jeanne 06/09/2018 09:15

Oh, que ça me donne envie ! Critique très réussie, on n'a plus qu'une idée, se plonger dedans...
Merci !

Nicole Grundlinger 08/09/2018 17:03

Génial !!!!

Eva 07/09/2018 14:35

j'aimerais bien y aller, mais pas encore de vraie visibilité sur mon planning de la semaine prochaine. Si je suis dispo, ce sera avec grand plaisir !
ps : j'ai gagné une encyclopédie en 6 volumes, un dictionnaire ^^ mais illustré par Christian Lacroix, et une grosse dizaine de kgs de chocolat car l'émission était diffusée à Pacques :D

Nicole Grundlinger 06/09/2018 12:15

Merci ! J'espère que tu l'apprécieras autant que moi... il m'a fait sourire et m'a beaucoup touchée autant par son propos que par son engagement à travers les mots.