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Le cafard - Ian McEwan

3 Juin 2020 , Rédigé par Nicole Grundlinger

Face à des situations tellement absurdes et incompréhensibles, l'écrivain n'a souvent qu'une seule arme : sa plume. Et quand il s'appelle Ian McEwan, c'est un régal. Un petit bijou d'ironie et d'intelligence qui ne se prive pas de piquer là où ça fait mal, avec un humour qui aura du mal à panser les plaies d'amour-propre de ses compatriotes qu'il égratigne sans aucune pitié. Ce n'est pas vraiment un roman, plutôt une novella, un texte satirique, le cri d'un citoyen anglais qui ne reconnaît plus son pays et cherche une explication aux comportements absurdes de ses dirigeants. Dans le cerveau de Ian McEwan, tout est permis...

Tout est permis, y compris le postulat que tous ces gens qui gouvernent ne sont pas vraiment eux-mêmes. A commencer par le plus célèbre d'entre eux, le locataire du 10, Downing Street dans le corps duquel se réveille un beau matin Jim Sams, un cafard habitué des locaux de Westminster qui ne tarde pas à découvrir, une fois acclimaté à sa nouvelle enveloppe, que d'autres de ses semblables sont autour de la table du conseil des Ministres. Pas de doute, ils ont une mission à accomplir : porter "la voix du peuple". Il était temps de prendre les choses en mains face à un Premier Ministre champion du retournement de veste et du changement opportun d'opinion alors que s'affrontent deux clans : les Réversalistes et les Continualistes. Les premiers prônent l'inversion du sens de circulation de l'argent comme solution à toute crise économique : payer pour son emploi et recevoir de l'argent pour chaque achat (pour résumer rapidement), et les deux clans s'écharpent comme savent le faire les britanniques. Irréaliste ? Suicidaire d'embarquer le Royaume-Uni alors qu'aucun autre pays ne voudra suivre ? Qu'à cela ne tienne, Jim Sams possède désormais les armes pour imposer la théorie plébiscitée par le peuple lors d'un référendum que personne ne s'attendait à voir prendre cette tournure et rendre ainsi toute sa grandeur à la Grande-Bretagne (toute ressemblance avec une situation, etc, etc.).

Ian McEwan s'en donne à cœur joie en démontant avec un humour féroce tous les principes du populisme et de l'incompétence d'une classe politique essentiellement préoccupée du pouvoir ; en cela, le symbole du cafard, s'il en rappelle d'autres est extrêmement fort et caustique. Les cafards sont des insectes charognards qui peuvent même se montrer cannibales... Charmant. La théorie du Réversalisme, finement ciselée dans l'absurde est un terrain d'action jouissif pour le romancier qui peut ainsi mettre à nu tous les rouages de la politique, de ceux qui entrainent un peuple vers l'inconnu en se lavant les mains de la suite puisqu'une fois sa mission terminée, le cafard redeviendra cafard.

Un pur plaisir, il y a des moments vraiment jubilatoires comme cette façon d'analyser les tweets du président américain (toute ressemblance...) ou de présenter les différentes interventions des chercheurs et experts, plus aguerris les uns que les autres dans l'art de ne rien démontrer. Je ne sais pas si cela a bien défoulé l'auteur mais je me suis régalée de cette magistrale leçon d'ironie. Brillant, as usual !

"Quand Jim eut terminé, il arpenta l'étroite mansarde en exultant. Rien n'était plus libérateur qu'une suite de mensonges bien ficelés. Voilà donc pourquoi on devenait écrivain..."

"Le cafard" - Ian McEwan - Gallimard - 154 pages (traduit de l'anglais par France Camus-Pichon

En juin, c'est le mois anglais, à retrouver sur Instagram @lemoisanglais et sur Facebook.

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krol 06/06/2020 10:51

Il publie encore ! J'aime tellement cet auteur que j'ai bien envie de lire celui-ci très vite.

Nicole Grundlinger 06/06/2020 11:18

Il n'avait pas prévu mais face aux événements... ce texte s'est imposé d'après ce qu'il a expliqué.

Lou 04/06/2020 12:27

Il me tentait déjà mais tu me donnes encore plus envie de le lire... très d'actualité en plus !

Nicole Grundlinger 04/06/2020 16:46

Complètement d'actualité, oui. C'est un texte qu'il n'avait pas prévu d'écrire mais qui lui a servi de défouloir d'après ce que j'ai compris :-)

rachel 03/06/2020 18:53

oh cela semble etre du grand McEwan..oh tout un roman a lire surtout en ce moment

Nicole Grundlinger 03/06/2020 19:32

C'est un petit livre, très satirique, caustique :-)

Fanny 03/06/2020 16:03

Mais il ne vient pas de sortir un livre en janvier?!

Nicole Grundlinger 03/06/2020 18:39

Absolument, Une machine comme moi. Celui-ci est un texte à part, inspiré par la situation politique autour du Brexit même s'il utilise un autre contexte pour en parler...

Alexielle 03/06/2020 11:47

Jamais lu Ian McEwan. Celui-ci m'a l'air bien sarcastique et égratigne pas mal, comme savent si bien le faire les Anglais, toujours avec humour et un sacré sens de l'autodérision mais aussi avec perspicacité ! J'adore ! Je note (même si je commencerai peut-être par un autre de ses romans ^^ J'ai L'Intérêt de l'enfant dans ma Pal ^^).

Nicole Grundlinger 03/06/2020 18:37

Alors il y a l'embarras du choix côté titres et L'intérêt de l'enfant est un bon cru. Pour moi, son titre emblématique reste Expiation, mon préféré de très loin. Le cafard est un texte à part mais tu as raison, typiquement anglais.

Ingannmic 03/06/2020 11:29

Ah j'adore cet auteur, et je me réjouis de cette parution post-confinement. J'attendrais toutefois un peu avant de le lire, j'ai déjà "Délire d'amour" sur ma PAL..

Nicole Grundlinger 03/06/2020 18:35

Oui, il devait initialement sortir en avril, il a eu un peu de retard. J'ai beaucoup aimé Délire d'amour, l'atmosphère est sidérante...