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Liv Maria - Julia Kerninon

19 Août 2020 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans, #Coups de coeur

"Son père était un lecteur, et sa mère était une héroïne. Son père aimait les histoires et sa mère était un personnage". Et ce roman, on pourrait le commencer à l'aveugle, comme on goûte un vin, et reconnaître entre mille les arômes qui composent les nectars de Julia Kerninon. Elle a beau nous raconter à chaque fois des histoires différentes, elles prennent leur source dans l'amour des mots, de la littérature, dans la curiosité de l'autre et de sa complexité. Et il me semble qu'il y a dans ce nouvel opus beaucoup d'elle-même. Mon exemplaire déborde de petits marque-pages, j'en ai fait deux lectures car j'ai eu l'impression de l'avoir dévoré la première fois, en quelques heures, frustrée d'en terminer si vite. On devrait toujours lire les livres deux fois - enfin, les bons - parce qu'ils dévoilent ainsi leurs multiples facettes, et celui-ci en compte beaucoup.

C'est d'abord un magnifique portrait de femme que l'auteure tente de saisir dans toutes ses dimensions et ses contradictions. Son prénom n'est pas choisi au hasard, Liv veut dire vie en norvégien et on peut en saisir les correspondances avec l'anglais ; ces liens entre les langues, Julia Kerninon, elle-même traductrice s'en sert tout au long du roman, en joue et en fait des vecteurs de transmission et d'identité. Liv Maria est donc du côté de la vie, du mouvement, de l'expérimentation. Quitte à se tromper. Son histoire se construit à partir d'éléments qu'elle ne maîtrise pas toujours, de rencontres heureuses ou dramatiques, comme chacun d'entre-nous. Une histoire dont je ne vais rien dévoiler ici car ce serait déjà trop en dire et gâcher le plaisir du futur lecteur. Sachez simplement qu'elle vous fera parcourir du pays, d'une île Bretonne à l'Irlande, en passant par le Chili et Berlin. Mais que le voyage est tout autant intérieur.

Car ce qui intéresse Julia Kerninon c'est bien la façon dont s'agence une personnalité à partir des multiples influences qui la façonnent, et quelle est la part de son libre-arbitre. "Peut-on vraiment aimer quelqu'un sans en faire son professeur ? La première fois que cela arrive, peut-on aimer sans tout retenir de l'autre, sans devenir une plaque sensible à tous ses gestes, tous ses mots, ses goûts, ses histoires ?" ; quelles empreintes laissent sur nous nos parents (quelle belle relation entre Liv Maria et son père, ces heures passées autour de la lecture qui ont forcément nourri l'adulte qu'elle est devenue), nos amours, nos amis ? Et de cette personnalité multiple, que savent les autres, depuis l'extérieur ? "Que saisissons-nous des gens, la première fois que nous posons les yeux sur eux ? Leur vérité, ou plutôt leur couverture ? Leur vernis, ou leur écorce ?". Enfin, comment rester entière lorsqu'on ne peut dévoiler qu'une partie de ses multiples facettes et que le silence menace d'envoyer valser tout l'équilibre trouvé. Il semble que la liberté se situe dans l'opportunité de faire un choix. Celui de rester. Ou de partir.

Julia Kerninon excelle dans l'exploration des sentiments, brouillés par le jeu des apparences. Elle nous parle admirablement bien de l'amour ou plutôt des amours qui se bousculent dans la tête d'une femme, mère, amante, fille. Et de l'importance d'être. D'exister. Liv Maria est une héroïne inoubliable et Julia Kerninon une auteure au style élégant, à la plume enjouée et captivante. Sous l'apparente fluidité de l'histoire se posent des questions essentielles, à la fois intimes et universelles. J'adore.

"Liv Maria" - Julia Kerninon - L'Iconoclaste - 272 pages

 

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krol 20/08/2020 23:21

Finalement, Buvard, est un titre qui me disait vaguement quelque chose. Je suis allée voir sur mon blog et je l'ai lu et j'ai aimé ! Mais je n'en ai pas de souvenirs... c'est fou, ça ! et inquiétant.

Nicole Grundlinger 21/08/2020 08:15

Ah oui, c'est curieux mais ça arrive vu tout ce qu'on peut lire...

Sandrine O. 19/08/2020 20:06

J’ai lu « Buvard » par hasard à l’occasion de sa sortie en collection Poche. Je me suis précipitée pour découvrir « Ma dévotion »que j’ai aimé plus encore. J’ai hâte de découvrir son dernier opus à la lecture de votre billet.
Ses personnages féminins sont à chaque fois différents, particuliers mais tellement attachants.

Nicole Grundlinger 20/08/2020 10:21

C'est un vrai plaisir de retrouver sa plume, son univers et de suivre sa trajectoire au fil des livres :-)

krol 19/08/2020 16:21

Toujours pas lu cette auteure mais deux billets enthousiastes le même jour, ça fait réfléchir.

Nicole Grundlinger 19/08/2020 17:35

Si tu as envie de la découvrir, pourquoi ne pas commencer avec son premier roman, Buvard, pas si vieux que cela et disponible en poche ? Il me semble qu'il devrait te plaire et t'intéresser.

Delphine-Olympe 19/08/2020 10:23

Il faudrait peut-être que je retente le coup avec cette auteure, qui a dû en outre gagner en maturité.

Nicole Grundlinger 19/08/2020 17:33

Je n'ai pas trouvé trace sur ton blog pourtant j'étais sûre que tu avais lu quelque chose, Une activité respectable il me semble (qui n'est pas un roman d'ailleurs). Moi je la suis depuis son premier roman "Buvard" et son univers s'affirme livre après livre. Ceci dit, elle ne m'a jamais semblé manquer de maturité ;-)

Fanny 19/08/2020 09:07

J'ai aussi adoré ce portrait de femme. Ni parfaite, ni trop fragile. Comme tu dis, ce livre soulève beaucoup de questions et cela permet d'y réfléchir. (Je suis fan de Kerninon :-D )

Nicole Grundlinger 19/08/2020 17:29

Je suis fan également, depuis le début, jamais déçue. Son univers s'affirme à chaque livre, c'est intéressant à suivre.

keisha 19/08/2020 07:53

En tout cas j'espère le lire; Ses romans ne me plaisent ps systématiquement, mais je les lis!

Nicole Grundlinger 19/08/2020 17:27

Il est vrai que je suis particulièrement sensible à son univers et que jusqu'à présent j'aime tout :-)