Pour mourir, le monde - Yan Lespoux
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Pas mécontente d'être enfin arrivée au port après tant de naufrages, de corps tailladés ou embrochés. On m'annonçait une épopée haletante mais je dois avouer m'être pas mal ennuyée. Les héros ont beau traverser les océans, braver moult dangers, les longues et souvent répétitives descriptions statiques (étendues marécageuses, manœuvres marines...) ont eu raison de mon élan initial.
Pourtant je n'ai rien contre un bon roman d'aventures de temps en temps (ni contre les batailles sanglantes cf mon coup de cœur pour La Religion de Tim Willocks) et celui-ci avait quelques arguments pour me plaire : la promesse de voir du pays (entre sud de l'Amérique, Portugal, Indes et côte du Médoc) et de suivre quelques héros plongés dans le tumulte des luttes de pouvoir destinées à assoir la domination de quelques empires ou puissances coloniales dans un 17ème siècle en plein essor des routes commerciales maritimes. La scène de naufrage en ouverture est saisissante et prometteuse, on se sentirait presque dans l'étau de la vague ; les 400 pages suivantes vont revenir sur les dix années qui ont mené les protagonistes à se rejoindre sur cette côte du Médoc livrée aux pilleurs d'épaves. Diogo vient du Brésil où il s'est enrôlé dans la guérilla après la prise de Salvador de Bahia par les Hollandais durant laquelle ses parents ont trouvé la mort. Fernando a été enrôlé de force dans l'armée portugaise, direction Goa et pas mal d'ennuis. Quant à Marie, sa rébellion face à un nobliau qui voulait lui imposer sa force l'oblige à se cacher dans une communauté de résiniers et pilleurs d'épaves dirigée par son oncle dans un lieu sauvage près de la côte. Il y aura beaucoup d'affrontements, des incendies, des naufrages, des batailles navales, des morts et quelques miracles pour ces trois survivants bien décidés à ne plus subir la loi des puissants.
J'ai vraiment regretté un manque de perspective historique, une trame, bref quelque chose qui inscrive ces aventures dans un contexte au-delà des reconstitutions - certes minutieuses dans la description des odeurs, des conditions de vie assez terribles, des ruelles de Goa ou des cales des bateaux ; l'accumulation des noms sans que les nombreux personnages mentionnés ne soient vraiment travaillés ne contribue pas à les ancrer dans l'esprit du lecteur et au bout d'un moment je ne faisais plus la différence entre les différents navires et leurs commandants. Fatigant.
L'auteur est sans aucun doute passionné et paye son tribut en fin d'ouvrage aux auteurs des récits dont il s'est inspiré ; on ressent toute sa passion et son admiration dans les flamboyantes scènes maritimes, ainsi que son amour pour sa région du Médoc dans les descriptions qu'il lui consacre. Néanmoins, son intrigue romanesque est trop faible à mon goût et ses personnages manquent de relief, sauf peut-être Ignacio, l'Indien du Brésil, le plus surprenant de tous. Enfin, dernier agacement, les nombreuses grosses fautes et les répétitions fréquentes qui parsèment le texte. On peut donc parler de déception.
"Pour mourir, le monde" - Yan Lespoux - J'ai lu (Agullo) - 478 pages
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