Perdu à jamais - Theodor Fontane
16 Novembre 2025 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans
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C'est un article de presse qui a attiré mon attention sur Theodor Fontane dont je n'avais jamais entendu parler. Présenté comme l'un des plus grands auteurs allemands, quelque peu éclipsé par de plus illustres qui ont pourtant revendiqué son influence sur eux. Perdu à jamais a été publié en 1891 alors que Fontane, venu assez tard à la littérature avait déjà 70 ans et quelques productions derrière lui. C'est un roman au charme désuet sous lequel se révèle une modernité assez mordante dans l'observation et l'analyse des sentiments.
L'intrigue se déroule en grande partie en 1859 dans une province, le Schleswig-Holstein que se disputent la Prusse et le Danemark (et qui fait de nos jours partie de l'Allemagne) ; si les subtilités géopolitiques de la région sont loin de m'être familières, les allers-retours de l'histoire entre le vaste domaine du Comte Helmuth Holk situé dans cette région et Copenhague où il sert par intermittence auprès de l'une des princesses du Royaume permettent de se faire une idée des sujets du moment, différends et tractations politiques sans pour autant alourdir le propos. Car l'objet de l'intérêt de l'auteur est le couple formé par Holk et sa femme Christine, mariés depuis 17 ans et parents de deux adolescents de 15 et 16 ans, Axel et Asta. Ce qu'il ausculte c'est l'évolution de leurs sentiments, la distance qui se creuse peu à peu, les signes et les interprétations erronées, les silences, les méprises, les aspirations déçues... Absent durant plusieurs semaines, Holk joue au courtisan alors qu'il méprise ce rôle et n'en maîtrise pas tous les rouages, se trompe sur presque tout tandis que Christine malgré l'éloignement perçoit d'instinct le délitement de leur relation. L'auteur joue sa partition avec un équilibre subtil, dans un contexte où la politique, les arts et la morale inspirent les comportements et révèlent les états d'âme. Comme ces quelques strophes d'un lieder qui auront sur la Comtesse une influence déterminante.
Si je manque de connaissances pour bien apprécier tout ce qui a trait aux débats autour de la religion (compliqué avec toutes ces branches du protestantisme...) et aux enjeux de territoires (une chose est sûre, les piques ne manquent pas à la cour et les différentes nationalités en prennent pour leur grade), j'ai été séduite par le style de Theodor Fontane, par la façon dont il met en scène le jeu social et par ses influences littéraires qui nourrissent le parcours des personnages jusqu'au voyage de Holk à Londres où il rencontre Charles Dickens himself.
Beaucoup de charme donc pour ma deuxième participation aux Feuilles Allemandes chez Eva et Patrice.
"Perdu à jamais" - Theodor Fontane - Le bruit du temps - 352 pages (traduit de l'allemand par John E. Jackson)
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