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Heather par-dessus tout - Matthew Weiner

29 Janvier 2018 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Matthew Weiner est connu pour être le créateur de Mad Men, série addictive mettant en scène des publicitaires sur Madison Avenue dans le Manhattan de la fin des années 50 jusqu'à la fin des années 70. Quiconque est resté scotché devant les péripéties alcoolisées et tabagiques des héros tragiques de Mad Men a pu goûter au sens de la dramaturgie de l'auteur et surtout à son regard sans pitié sur les travers de la société américaine, quelles que soient les époques traversées. Alors Matthew Weiner romancier ? Ça se tente...

Le moins que l'on puisse dire c'est que le monsieur n'a rien perdu de son mordant et qu'il a fait un choix judicieux, celui de la concision. Un peu plus d'une centaine de pages, une sorte de longue nouvelle qui va droit à l'essentiel tout en offrant un concentré de l'Amérique : ses oppositions de classe, l'hypocrisie de la façade sociale induite par le consumérisme, la violence tapie en chacun des êtres sous des apparences volontairement trompeuses.

Heather par-dessus tout c'est d'abord la radiographie d'un couple : Mark et Karen se rencontrent à un moment où ils ont presque abandonné l'idée de trouver enfin le partenaire idéal pour fonder la famille dont l'Amérique fait son modèle ; on est assez loin du coup de foudre, la raison s'en mêle mais enfin, les choses s'arrangent bien, ce nouvel équilibre booste la carrière de Mark et Karen atteint enfin le niveau de vie auquel elle aspirait. Et puis surtout, Heather naît. Belle, merveilleuse petite fille choyée et adorée, objet de toutes les attentions de ses parents jusqu'à devenir une superbe jeune fille attirant tous les regards. Dont celui de Bobby. Bobby, autre versant de l'Amérique, celui des oubliés, pauvres ou déclassés. Grandi bon gré mal gré au milieu des cris et des violences, rapidement tourné vers la délinquance par désœuvrement autant que par manque d'horizon, et qui a connu la prison très tôt. Un instinct de tueur, captivé par le visage d'Heather alors qu'il la croise par hasard jusqu'à en devenir obsédé. Un jour, Mark surprend le regard de Bobby posé sur sa fille, un regard qui le glace et le décide à tout mettre en œuvre pour protéger discrètement le fruit de ses entrailles.

Rien d'étonnant à ce que Matthew Weiner parvienne à faire monter la tension jusqu'au paroxysme, il a du métier. Ce qui est plus intéressant c'est la façon dont il illustre en si peu de temps tout ce qui se joue dans la société américaine contemporaine entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas (cf les dernières élections) et la question qu'il pose sur cette même société prête à adouber une certaine forme de violence pour défendre son territoire, ses possessions. Avec un côté binaire, certes mais finalement pas si caricatural que ça vu des États-Unis.

Court roman qui se lit d'une traite et quasiment en apnée sans toutefois laisser de trace durable. Malgré ce que l'auteur écrit dans ses longs remerciements, on attendra quand même un prochain roman avant de décider s'il est aussi devenu un écrivain en plus d'être un talentueux auteur de séries.

"Heather par-dessus tout" - Matthew Weiner - Gallimard - 136 pages (traduit de l'anglais par Céline Leroy)

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Kathel 30/01/2018 08:58

J'aime bien la concision alors pourquoi pas ?
Je ne connais pas la série qu'il a écrit, par contre, sauf quelques épisodes, mais je n'ai pas accroché.

Nicole Grundlinger 30/01/2018 16:06

Univers très différent de la série, ainsi que l'époque... mais on retrouve son regard sans concession sur l'Amérique consumériste et les individus qu'elle produit. (série dont je suis une inconditionnelle mais... 25 ans dans la communication, on ne se refait pas :-) )

Electra 29/01/2018 23:24

J'ai vu une critique beaucoup plus acerbe et Krol a été déçu donc intéressant de lire une critique différente ! Mad Men est une de mes séries fétiches.

Nicole Grundlinger 30/01/2018 16:03

Ah moi aussi, j'adore ! Du coup, je suis certainement un peu plus indulgente avec son texte qui n'est certes pas inoubliable mais qui possède ce regard particulier qui est déjà sa marque de fabrique dans la série je trouve (même si les univers et les époques sont totalement différents)

krol 29/01/2018 19:01

Il ne m'a pas emballée ce roman, trop court, trop caricatural, et une tension pas si palpable que ça. Bref ! J'ai été déçue.

Nicole Grundlinger 30/01/2018 16:01

Oui j'ai vu ton billet. Je suis moins sévère que toi tout en reconnaissant qu'il n'y a pas de quoi crier au génie ni au nouvel écrivain :-)... Par contre je suis une inconditionnelle de Mad Men et je reconnais dans son texte son regard particulier.