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La salle de bal - Anna Hope

1 Novembre 2017 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans, #Coups de coeur

 

Le chagrin des vivants avait été l'une des très belles surprises de l'hiver 2016. Un premier roman très prometteur à la fois enthousiasmant et convainquant dans l'exploration des sentiments. J'avoue que ma rencontre avec Anna Hope avait déjà aiguisé mon envie de découvrir son deuxième opus dont elle nous avait dit quelques mots lors d'une soirée mémorable dans les locaux de Gallimard. Elle nous avait notamment parlé de cette salle de bal dont la découverte l'avait bouleversée au point d'en faire l'un des personnages de son roman.

En fait, je savais que ce roman allait me plaire. Je l'ai acheté dès sa parution et je l'ai gardé un moment, heureuse de penser à sa lecture prochaine. Mais je ne m'attendais pas à un tel coup de cœur. Car Anna Hope fait mieux que tenir les promesses du premier. Elle entre directement dans la catégorie des grandes romancières, et je suis à présent certaine que je ne raterai pas un seul de ses prochains livres, comme c'est le cas pour Jonathan Coe ou William Boyd.

Avec La salle de bal, Anna Hope continue d'explorer des pans de l'Histoire méconnue de la Grande Bretagne. Le chagrin des vivants se penchait sur la douleur de l'après-guerre en 1920 ; cette fois, l'auteure recule un peu dans le temps et nous transporte en 1911, période de crise économique qui précède l'embrasement mondial. Nous sommes dans le Yorkshire et l'action prend place dans un asile d'aliénés, une institution qui accueille des centaines de femmes et d'hommes qui vivent séparément. Les hommes travaillent à l'extérieur, dans les champs tandis que les femmes exécutent différentes tâches d'entretien à l'intérieur. L'unique occasion de se croiser est le bal du vendredi soir où seuls sont admis les pensionnaires à la conduite irréprochable. C'est là que John Mulligan observe Ella Fay, la nouvelle arrivante sous le regard perçant du Dr Charles Fuller que ses talents de violoniste ont conduit à la tête de l'orchestre chargé d'animer les bals.

Anna Hope bâtit un roman à trois voix avec une virtuosité phénoménale et parvient à nous passionner avec des ingrédients dont on n'aurait pas soupçonné le pouvoir addictif. A commencer par la vie dans cet asile de Sharston dans laquelle elle nous projette avec une facilité déconcertante. A travers les histoires respectives d'Ella et de John, elle dépeint la société britannique de l'époque, le rejet des irlandais, les discriminations sur fond de crise économique et de misère. Le travail des enfants dès l'âge de huit ans. Elle questionne sur la facilité avec laquelle on internait quelqu'un pour des broutilles sans réel moyen pour cette personne de faire valoir ses droits. Elle rappelle, grâce au personnage de Clemency qui se lie d'amitié avec Ella à quel point il ne faisait pas bon être une femme même dans la bourgeoisie. Elle creuse, par l'intermédiaire de la figure de Charles, les théories en vogue autour de l'eugénisme (préludes à d'autres expérimentations à grande échelle quelques décennies plus tard) auxquelles Churchill et d'autres n'étaient pas insensibles et pour lesquelles ce type d'institution pouvait servir de terrain d'expérimentation en toute impunité.

Peut-être parce qu'elle est actrice, Anna Hope possède un sacré sens de la dramaturgie. La tension monte de façon subtile mais efficace au rythme où progressent les sentiments qui lient Ella et John. Elle nous emporte dans un puissant tourbillon où se mêlent l'amour et la peur, la beauté et l'envie, l'espoir et le drame. Elle nous offre deux héros inoubliables. On vibre, on s'enthousiasme, on tremble, on pleure. C'est magnifique !

"La salle de bal" - Anna Hope - Gallimard - 390 pages (traduit de l'anglais par Elodie Leplat)

Le très joli billet de Papillon devrait achever de vous convaincre, si besoin.

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Edmée De Xhavée 09/04/2018 16:23

Je suis en train de le lire, et en effet je suis "sous le charme"... les sentiments sont forts mais délicatement libérés, dans la peur et puis la soif de vivre.

Nicole Grundlinger 10/04/2018 15:10

Oh oui, je crois que cette délicatesse dans l'expression de sentiments à la fois complexes et forts est véritablement la marque de fabrique d'Anna Hope, déjà notée dans Le chagrin des vivants. Elle n'hésite pas à s'emparer de sujets compliqués, à explorer l'histoire du Royaume et notamment ses facettes moins reluisantes. J'aime vraiment beaucoup son approche et je compte bien la suivre.

Ariane 05/11/2017 23:51

J'avais déjà envie de le lire, mais après un si joli billet je piaffe d'impatience !

Nicole Grundlinger 06/11/2017 11:15

Et comme tu avais eu un coup de cœur pour son premier roman tu pourras constater qu'elle progresse encore :-) !

Edyta 03/11/2017 18:27

Une très belle critique pour un roman magnifique.

Nicole Grundlinger 04/11/2017 17:01

Merci ! Il faut croire que cette lecture fut très inspirante :-). J'avoue que je suis très impressionnée par la maîtrise d'Anna Hope et j'ai presque hâte de lire le prochain.

Daphné 03/11/2017 13:21

J'ai beaucoup aimé ce livre et j'y ai appris des choses que j'ignorais.
Daphné

Nicole Grundlinger 03/11/2017 17:08

Effectivement c'est l'une des qualités des romans d'Anna Hope : elle fouille vraiment son sujet mais sans que cela nuise jamais à la qualité romanesque. On apprend pas mal de choses et tout ça avec beaucoup de plaisir !

Daphné 03/11/2017 13:20

J'ai beaucoup aimé ce livre et j'y ai appris beaucoup de choses.
Daphné

keisha 02/11/2017 07:53

Dans les arrivages de la bibli je crois!

Nicole Grundlinger 02/11/2017 17:51

Oui, il n'y a pas de raison qu'une bonne bibliothèque n'ait pas ce livre compte tenu du joli succès du précédent.

Noukette 01/11/2017 22:09

Je n'ai pas lu son précédent mais je suis convaincue par ton billet !

Nicole Grundlinger 02/11/2017 17:50

Alors comme elle n'en a écrit que deux, tu as encore le temps de les lire dans l'ordre (on voit la progression de la plume, c'est très intéressant).

Delphine-Olympe 01/11/2017 21:35

Pourquoi, mais pourquoi donc n'ai-je pas réussi à entrer dans ce roman adoré par des personnes de grande confiance ? Peut-être faudra-t-il que je le reprenne, ce ne devait sans doute pas être le bon moment...

Delphine-Olympe 05/11/2017 09:56

Excellente remarque, Nicole, tu as raison ! Sans doute un élément d'explication, en effet.

Nicole Grundlinger 02/11/2017 17:49

En même temps j'ai l'impression que tes goûts te portent moins vers les auteurs britanniques que vers les hispaniques, non ? Cela pourrait être un début d'explication :-)

Marie-laure 01/11/2017 21:17

Moi aussi j'avais adoré Le Chagrin des vivants (quel beau titre!), j'étais évidemment très très tentée par La salle de bal et tu as fini de me convaincre! Et un de plus!

Nicole Grundlinger 02/11/2017 17:47

Un de plus oui, mais pas n'importe lequel ! Tu vas certainement te régaler :-)

zazy 01/11/2017 21:08

De bons commentaires pour ce livre, d'autres un peu moins bons. Il vaut le coup que je m'y arrête. Je l'ai retenu à la bib.

Nicole Grundlinger 02/11/2017 17:47

Ah oui ? Je ne suis pas tombée sur les moins bons... Il y en a toujours bien que j'aie du mal à imaginer ce qu'on trouve à reprocher à ce roman :-)