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L'hiver du mécontentement - Thomas B. Reverdy

24 Octobre 2018 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

C'est intéressant la façon qu'a Thomas B. Reverdy de s'emparer d'un sujet. Et plus particulièrement des villes dont il parvient à restituer de façon originale les ambiances singulières. La balade dans le Detroit déserté et cabossé par la crise économique de Il était une ville disait beaucoup de l'Amérique, du libéralisme et du premier de ses dommages collatéraux : l'homme. On retrouve ici la même acuité, la même volonté de discerner parmi les ruines la petite étincelle d'humanité.

Mais c'est à Londres que cela se passe, au cours de l'hiver 1978-1979 qui a précédé l'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et que le Sun a baptisé l'Hiver du mécontentement. Londres où la grogne monte, chez les ouvriers, les dockers, les éboueurs. Grèves, manifestations. L'inflation atteint des niveaux qui étranglent nombre d'individus voyant leur pouvoir d'achat s'amenuiser au fil des jours. Dans ce Londres rythmé par les revendications et bercé par la musique rock, la jeune Candice, actrice en herbe répète Richard III, l'un des fleurons du répertoire qui sera joué uniquement par des femmes. Elle-même aborde le rôle de Richard avec des questions qui font écho à la situation contemporaine. Autour d'elle, la précarité domine. Son job alimentaire de coursier à vélo. Les copains qui peinent à payer le loyer. A travers l'étude de la psychologie de Richard, elle tente de décrypter celles des politiciens qui briguent le pouvoir.

Il y a une sorte de constat très amer de la part de Reverdy qui, à travers le reflet de deux époques distinctes en éclaire une troisième : la nôtre. En rappelant que Thatcher voulait déjà redonner sa grandeur à la Grande-Bretagne (tiens, tiens) ; que le mouvement Nuit debout n'est finalement que le prolongement de ce qui se jouait à Hyde Park cet hiver-là. Mais la question centrale demeure celle de la conquête du pouvoir, dont Shakespeare avait fait l'un des piliers de ses œuvres. Il se trouve que j'ai regardé avec grand plaisir cet été une série de la BBC diffusée sur la chaîne Histoire et réalisée à partir des pièces de Shakespeare. Avec Benedict Cumberbatch dans le rôle de Richard III. J'avais donc la pièce et le personnage bien en tête ce qui m'a permis d'apprécier le parallèle. 

C'est donc un roman d'ambiance que nous livre l'auteur, un roman que j'ai trouvé agréable mais qui ne laissera pas une empreinte durable dans mon esprit. Un peu trop volatil peut-être, des personnages que l'on survole sans vraiment s'y arrêter. C'est l'effet souhaité et si cela rend la lecture aérienne, ça n'ancre pas le propos au sol. Il n'en reste pas moins la singularité affirmée de l'angle de vue de l'auteur, toujours intéressante à découvrir.

"L'hiver du mécontentement" - Thomas B. Reverdy - Flammarion - 220 pages

La lecture de Delphine, partagée elle aussi.

NB : l'auteur joue sur l'expression L'hiver du mécontentement qui ouvre la pièce de Shakespeare et correspond donc à cette période 78/79. Néanmoins, j'ai lu le commentaire d'un lecteur du magazine Lire qui signalait une erreur de traduction (et donc un contresens : pour résumer, la tirade n'annoncerait pas le début de L'hiver du mécontentement mais au contraire sa fin) dans la façon de présenter la tirade de Richard III. Si c'est le cas, c'est un peu dommage car le livre entier s'appuierait sur ce contresens...

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Delphine-Olympe 24/10/2018 14:10

Une lecture en demi-teinte, oui. C'est dommage car le propos est évidemment intéressant et fait écho, comme tu le soulignes, à ce que nous connaissons aujourd'hui. Et la voux de l'auteur reste séduisante. Mais le tout m'a hélas en effet, semblé manquer d'épaisseur.

Nicole Grundlinger 24/10/2018 16:01

Oui, je crois que notre ressenti est très proche sur ce coup.

krol 24/10/2018 14:09

Je n'avais déjà pas été conquise par Les évaporés auquel l'adjectif volatil que tu utilises, collait parfaitement...

Nicole Grundlinger 24/10/2018 16:00

Pas lu celui-ci, j'ai découvert l'auteur avec Il était une ville que j'avais bien aimé... Je lui sais gré d'une certaine ambition mais qui ici ne se retrouve pas de façon convaincante dans la réalisation.