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Une bête au Paradis - Cécile Coulon

22 Octobre 2019 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Ceux qui me suivent savent que j'aime beaucoup Cécile Coulon. Ils ont pu lire ici même ma prose éblouie après la découverte de sa plume avec Le cœur du Pélican, ou encore ma déclaration enflammée à l'auteure de Trois saisons d'orage. Entre autres. Et c'est parce que j'aime beaucoup Cécile Coulon que j'ai mis du temps avant de me décider à écrire ce billet. Et dire ma déception. Je voulais prendre le temps d'analyser, de comprendre. Il faut dire que j'entends parler de ce roman depuis bien avant sa sortie officielle, c'est certainement l'un de ceux qui ont le plus été envoyés aux blogueurs et autres instagrameurs et au sujet duquel on a vu fleurir le plus d'avis enamourés au cours de l'été. Résultat : quand le 21 août fut venu, il avait beau être sur ma liste des premiers achats de la rentrée, je pense que cette surexposition a déjà eu un effet contre-productif sur moi, entre agacement et trop plein.  Mais, au vu de mes expériences précédentes, je n'étais pas vraiment inquiète.

Ensuite, j'ai commis une erreur. Moi qui n'écoute cette émission que très rarement, j'ai eu la mauvaise idée de me brancher sur Le Masque et la Plume, le jour où ces sagouins (je ne vois pas d'autre mot pour qualifier leur comportement) ont tout simplement raconté la fin du roman. Passe encore qu'ils dézinguent livres et auteurs sans tellement de manières mais ça... Résultat, je ne les écoute plus. Mais, avouons que pour une auteure dont l'ADN est quand même un certain savoir-faire dans l'art de la tension narrative, se faire "divulgâcher" de cette manière, c'est proche de l'assassinat. On saura peut-être un jour quel genre de comptes ont été réglés ce jour-là. Ou pas. Bref, en termes de contexte, pour ma lecture, on n'était pas dans les conditions les plus idéales. Mais enfin, comme je l'ai dit plus haut, pas trop d'inquiétude.

Pourtant, ça n'a pas pris cette fois-ci. La force qui m'avait captivée, happée dans ses précédents romans, la colère rentrée puis explosive d'Anthime, la violence des sentiments chez Agnès, ce feu qui couve sous le calme des apparences m'a laissée de glace pour ce qui concerne Blanche. On y reconnait, c'est vrai, les ingrédients qui font l'univers de Cécile Coulon, son sens de la dramaturgie, sa plume alimentée à la source des drames antiques, mais il y a quelque chose de bridé, de plus tenu, de beaucoup plus lisse. Il y a un travail qui se sent, sur la construction, sur les mots, qui recouvre le naturel, comme une couche d'enduit qui vient certes aplanir le mur mais aussi cacher le charme des vieilles pierres. Cette fois, je pense que l'atemporalité ne fonctionne pas bien, peut-être parce que les indices semés ici ou là ancrent l'histoire dans un univers peu ou prou contemporain qui vient plus facilement percuter les fantasmes que chacun projette sur la vie rurale, je ne sais pas bien l'expliquer. Peut-être que le lieu, tout simplement n'a pas la force des Trois-Gueules. Peut-être aussi que l'histoire - un rien banale - n'est pas assez sublimée ? Quoi qu'il en soit, je n'ai pas vibré. Je n'ai pas non plus passé un mauvais moment, loin de là et j'avoue avoir du mal à comprendre les débordements très excessifs autour de ce roman, du côté des "lovers" comme de celui des "haters". En fait, j'ai eu un peu la même impression qu'avec La vraie vie de Adeline Dieudonné (même éditeur, tiens...), encensé l'an dernier et que j'avais refermé après 2 heures de lecture en me disant "tout ça pour ça", un roman honnête mais quand même très loin du chef d’œuvre.

J'ai croisé Cécile à plusieurs reprises depuis la rentrée, je lui ai fait part de ma déception mais je crois que je ne suis pas la seule dans ce cas, beaucoup d'amoureux de Trois saisons d'orage n'y ont pas trouvé leur compte. Il est néanmoins fort possible que ceux qui la découvrent avec ce livre, vierges de toute comparaison n'aient pas le même regard. Une bête au Paradis se vend bien, s'est vu décerner le Prix littéraire du Monde début septembre, tant mieux pour tous ceux qui vont ensuite faire le chemin à l'envers dans la bibliographie de l'auteure. Et surtout, tant mieux pour Cécile Coulon et toutes les histoires qu'elle porte en elle. Car si je n'ai pas vraiment aimé ce livre, j'adore Cécile Coulon. Raison de plus pour être sincère.

"Une bête au Paradis" - Cécile Coulon - L'Iconoclaste - 348 pages

 

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Ariane 01/11/2019 16:32

J'aime aussi beaucoup les romans de Cécile Coulon et celui-ci, s'il n'est pas mon préféré, a aussi été un coup de cœur.

Nicole Grundlinger 01/11/2019 17:11

Moi j'avoue que la déception a un peu occulté mon plaisir habituel de lecture mais je lirai le prochain, bien sûr.

Noukette 24/10/2019 22:33

Chouette billet ! Lu aussi, beaucoup aimé, peut-être moins que le précédent oui mais je me laisse attraper à chaque fois par la plume et l'univers de Cécile Coulon.

Nicole Grundlinger 28/10/2019 19:48

Je suis certaine que ça ira mieux la prochaine fois ;-)

Delphine-Olympe 23/10/2019 13:45

Excellente chronique, à la fois tendre et sans aucune complaisance, sincère et argumentée. Ce qui la rend, je pense, parfaitement audible et recevable par l'auteure.

Nicole Grundlinger 23/10/2019 17:10

Merci, comme nous avons déjà un peu échangé sur le sujet avec elle, cette chronique est le prolongement du premier ressenti dont je lui avais fait part et que j'ai juste essayé d'expliquer ou tout du moins d'étayer. On a toujours envie de comprendre pourquoi ça ne matche pas... mais parfois, ce n'est pas complètement explicable.

Sandrine O. 23/10/2019 01:09

J’ai découvert Cécile Coulon cet été lors de la lecture de « 3 saisons d’orage » acheté dans la librairie de mon lieu de vacances. J’ai été littéralement happée par ce récit. J’avais hâte de découvrir son dernier roman...je vais plutôt m’orienter vers ses écrits précédents et plus précisément « le cœur du pélican » dans un 1er temps.
Merci pour la franchise et l’honnêteté de vos propos.

Nicole Grundlinger 23/10/2019 17:08

Alors effectivement, commencer par Trois saisons d'orage, quelle belle rencontre ! Je n'ai pas lu ses romans plus anciens dont on disait également beaucoup de bien (notamment Le roi n'a pas sommeil) mais en tout cas Le cœur du Pélican m'avait énormément plu.

zazy 22/10/2019 19:41

Je n'ai encore rien lu de cette autrice qui je devrais voir courant novembre ou décembre chez mon libraire. Je vais donc commencer par celui-ci avec mon regard "vierge"

Nicole Grundlinger 23/10/2019 17:05

Et tu auras sans doute grand plaisir à l'écouter parler lors de cette rencontre. Tu nous raconteras :-)

papillon 22/10/2019 14:40

Je n'avais déjà pas beaucoup aimé le précédent, alors je ne vais pas insister, mais j'apprécie beaucoup ta franchise. Je trouve personnellement que Cécile Coulon a une plume magnifique mais devrait changer d'univers...

Nicole Grundlinger 22/10/2019 16:36

Oui, tu as peut-être raison, il y a aussi un effet de saturation qui peut jouer avec l'exploitation de cet univers...

krol 22/10/2019 13:15

Et ta sincérité t'honore ! Je suis peu sensible à l'écriture de Cécile Coulon, je ne sais pas si je lirai celui-ci, il est la bibliothèque, mais j'avoue que je suis curieuse de découvrir ce qui t'a gênée dans cette lecture.

Nicole Grundlinger 22/10/2019 16:35

Tu verras si tu en as l'occasion et peut-être que, si au contraire de moi tu n'étais pas à l'aise avec ses précédents romans, les changements intervenus dans son travail éditorial te seront plus favorables...

keisha 22/10/2019 08:03

Je me souviens du Masque et la plume, ils exagèrent! Raconter la fin. Et l'autre qui joue l'innocent, 'mais non ça n'a pas d'importance ce que j'ai dit...' Il m'est arrivé de couper la radio quand je sentais qu'ils allaient encore tro p en dire;
A part ça, mes bibliothécaires ont l'air d'avoir aimé. Mais je n'ai pas trop trop envie (hé oui, la fin)

Nicole Grundlinger 22/10/2019 16:33

Ça ne se fait pas, c'est intolérable... je n'écoutais jamais et je reviens à cet état sans que cela ne me manque. Ce livre est bien porté par les libraires et les bibliothécaires, reçoit un bon accueil du public surtout ceux qui la lisent pour la première fois.