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Week-end à New York - Benjamin Markovits

24 Décembre 2019 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

"Ce qui me déprime, c'est d'être bien meilleur en tennis qu'en n'importe quoi d'autre. Vraiment, bien bien meilleur - ce n'est même pas comparable. Et d'après tout un ensemble de critères parfaitement raisonnables, je ne suis pas si bon que ça en tennis".

Voilà qui pourrait être une réplique d'un film de Woody Allen ; elle en a toute la saveur, la tonalité et l'humour désespéré. D'ailleurs, tout ce livre lorgne du côté du cinéaste, dans le fond comme dans la forme avec cette unité de temps (un week-end) et de lieu (New-York), sur fond de réunion familiale. Donc, si vous n'êtes pas sensible à l'art de Woody Allen, passez votre chemin. Dans le cas contraire, bienvenue chez les Essinger, une famille compliquée mais... n'est-ce pas le cas de toutes les familles ?

Comme chaque année, Paul Essinger, joueur de tennis professionnel s'apprête à entrer en lice au premier tour de l'U.S Open. Et comme chaque année, les membres de sa famille se sont donné rendez-vous pour passer le week-end à New York et aller le voir jouer le lundi, et au-delà s'il poursuit son parcours dans le tournoi. A trente-trois ans, Paul qui n'a jamais flirté avec le top du classement a des envies de retraite. Sa compagne, Dana appréhende comme à chaque fois la réunion de la tribu ; à la fois intimidée et agacée par des codes qui la tiennent encore à l'écart. Il y aura donc Bill et Liesel, les parents de Paul ainsi que Jean, Susie et Nathan, son frère et ses sœurs avec leurs enfants. Au fil des heures, l'auteur alterne les scènes de groupe, et les apartés, faisant apparaître la complexité de faire exister des individualités au sein d'une famille qui semble faite d'un bloc pour l'extérieur. Et révèle ainsi un sens de l'observation sans concession et une connaissance réjouissante des réalités des liens familiaux.

Car chacun des membres de cette famille est dans un moment de questionnement intense quant à sa vie et à son avenir, et par là-même revisite les liens qui le rattachent à son entourage. En ce sens, le roman est brillamment construit, révélant peu à peu l'intimité des uns et des autres, la façon dont ils appréhendent leur relation aux autres membres de la famille, les petits secrets, les jalousies de l'enfance pas tout à fait guéries, les blessures du passé jamais totalement refermées. On a vraiment l'impression d'une plongée au cœur des névroses familiales sans toutefois verser dans la psychanalyse. On pourra reprocher des passages un peu bavards, certes mais c'est aussi la rançon de la précision dans l'analyse des sentiments. On pourra trouver que l'entrainement de Paul a l'air bien tranquille à l'entame d'un tel tournoi ; on est assez loin de la méthode Nadal. Ceci dit, le contexte tennistique n'est pas anodin. Le tennis peut parfois être une assez jolie métaphore de la vie, j'ai déjà eu l'occasion de le constater... "On ne sait pas pourquoi certains coups de raquette sont parfois efficaces et parfois non. Il y a des détails techniques à corriger mais même ça, ce n'est qu'un moyen de différer le doute, de le repousser à une autre étape du processus parce que qui sait pourquoi on a le coude à un certain angle et parfois non alors que, systématiquement, pendant l'entraînement, on cherche toujours à faire pareil". Si vous pratiquez, vous comprenez.

Lecture fort intéressante et instructive, à l'approche des agapes familiales de Noël, avec ou sans raquette en main...

"Week-end à New York" - Benjamin Markovits - Editions Christian Bourgois - 400 pages (traduit de l'anglais par Laurence Kiefé)

 

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Albertine 30/01/2020 08:22

Terminé hier ... Je partage ton sentiment sur ce roman. En inconditionnelle des films de Woody Allen, je ne pouvais pas passer à côté de cette histoire.

Nicole Grundlinger 30/01/2020 14:30

Mais complètement... Je pense que tous les fans de Woody ne peuvent qu'aimer ce roman qui en épouse le ton et l'atmosphère.

zazy 24/12/2019 22:26

Pas très envie de ce genre de lecture en ce moment

Nicole Grundlinger 25/12/2019 09:40

Bonnes fêtes à toi, avec les lectures qui te font plaisir.

Penelope Solète 24/12/2019 10:15

Très utile ma brune ! aux première loges d'une névrose familiale en ce moment même... et en partance pour New York bientôt ;-)

Nicole Grundlinger 24/12/2019 11:18

Toi ici... mais c'est noël ! ???? Ravie de te fournir une idée de lecture fort à propos... Tu me raconteras.