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Rappelez-vous votre vie effrontée - Jean Hegland

2 Octobre 2023 , Rédigé par Nicole Grundlinger Publié dans #Romans

Décidément, Shakespeare est une sorte de guest star de la rentrée littéraire, au moins trois romanciers en font un ingrédient central de leurs livres (Eric Pessan dont je n'ai pas encore lu Ma Tempête, Stéphanie Hochet dont j'ai adoré William et Jean Hegland ici). Shakespeare, John Hubbard Wilson, le héros de ce roman lui a même dédié son existence en tant que professeur de littérature dont la vocation est apparue à la lecture des pièces du dramaturge. A l'heure où Alzheimer restreint ses capacités cognitives au point de l'obliger à intégrer une résidence spécialisée, John semble vivre dans un monde où les frontières entre fiction et réalité deviennent de plus en plus poreuses. Au point de lui dicter des tirades de Shakespeare en réponse aux questions des aide-soignantes. Même le souvenir de sa fille avec laquelle il est brouillé depuis quelques années est difficile à retenir, les sensations peinent à prendre forme. Lorsque celle-ci vient lui rendre visite à l'incitation de sa belle-mère, leurs échanges sont rendus encore plus compliqués par la maladie. Pourtant Miranda voudrait dire à son père sur quel quiproquo et quel drame repose leur brouille, tenter une réconciliation. Mais comment rattraper cet esprit qui s'échappe ?

Sur le papier ce roman avait de bons arguments pour me plaire, pourtant cette lecture m'a laissé une impression mitigée et, malgré les quelques pages de postface de l'autrice qui explique son matériau et ses choix je n'ai pas été convaincue. Se glisser dans l'esprit en train de se dissoudre d'un vieil homme n'est pas facile et l'autrice en y mêlant l'empreinte indélébile des pièces de Shakespeare apprises par cœur par John ne s'est pas simplifié la tâche. Au départ j'ai trouvé ça intrigant mais le principe m'a assez vite lassée, d'abord parce que j'ai été débordée par ma méconnaissance de ces pièces - d'ailleurs je défie quiconque n'ayant pas fait de thèse sur le sujet de les connaître sur le bout des doigts - ensuite parce que cela devient vite redondant. Sans compter que cet homme a du mal à forcer la sympathie. A force de s'appesantir sur ce volet, elle néglige le personnage de Miranda qui m'est apparu à la toute fin extrêmement intéressant. A ce moment j'ai vraiment regretté que l'autrice ne joue pas plus sur le parallèle entre l'évolution des deux protagonistes plutôt que de régler celle de Miranda en quelques lignes à la fin. Ce déséquilibre m'a semblé rendre le roman pesant, trop cérébral, au détriment de l'émotion. C'est vraiment dommage.

Jean Hegland révèle avoir puisé dans son expérience personnelle avec des proches pour le personnage de John, ainsi que sa dette envers Shakespeare. Je regrette qu'elle n'ait pas réussi à me transmettre les sentiments qu'elle espérait diffuser. Sans doute d'autres y seront plus sensibles.

"Rappelez-vous votre vie effrontée" - Jean Hegland - Phébus - 372 pages (traduit de l'anglais (EU) par Nathalie Bru)   

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A
Comme toi, j'ai été plutôt déçue par ce titre. En plus, en lisant la postface, j'ai découvert que l'autrice voulait rendre une sorte d'hommage à un membres de sa famille, atteint de cette maladie et qui adorait Shakespeare. Je me suis dit que j'avais tout lu de travers parce que moi, j'ai trouvé ce bonhomme détestable ! Tu as bien raison, le roman est trop cérébral, on n'y trouve pas d'émotions, sauf l'agacement pour ce personnage égocentrique bien avant sa maladie !
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N
C'est le risque quand on explore un sujet très personnel de ne pas réussir à faire passer les sensations à d'autres...
I
Quel dommage.... j'ai adoré Dans la forêt, de cette auteure, mais les avis souvent mitigé lus sur son roman précédent et maintenant sur celui-ci m'ont jusqu'à présent dissuadée de poursuivre sa découverte...
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N
Vraiment très différent de Dans la forêt... Je n'ai pas lu le précédent mais en tout cas sur celui-ci il y a des avis très enthousiastes. Je pense qu'il a pâti de la comparaison avec Sebastian Barry (Au bon vieux temps de Dieu) qui se glisse aussi dans l'esprit fuyant d'un vieil homme avec une virtuosité qui m'a soufflée.
D
Comme Shakespeare n'est pas l'auteur que je connais le mieux et que je doute d'être plus réceptive que toi, tu ne m'en voudras pas de faire l'impasse...
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N
Non, comme tu as pu le lire j'aurais du mal à t'en convaincre...